Les gratuits effraient

Par Christophe ABRIC, le 11 février 2002 à 16h18 , mis à jour le 10 février 2002 à 16h25

Ils font peur aux journalistes, aux kiosquiers, aux diffuseurs et aux syndicats. 'Metro' et '20 minutes', premiers quotidiens gratuits, devraient voir le jour très prochainement... Si on ne leur met pas trop de bâtons dans les rotatives.

journaux logos divers © INTERNE

Les quotidiens gratuits débarquent, et ils en inquiètent plus d'un. Le premier, 'Metro', est déjà diffusé en treize langues dans quinze pays et devait être distribué dès aujourd'hui à Paris, à 300.000 exemplaires. Le second, '20 minutes', devrait le suivre dans quelques semaines… Si les nombreux ennemis de ces journaux d'un nouveau genre lèvent les derniers obstacles.

Premier hic pour 'Metro' ce matin : sa parution a été retardée, "afin que les  discussions en cours [avec les syndicats] se déroulent dans un climat serein", a déclaré sa direction. Il devrait paraître dans les jours à venir.

Pas de présentoirs

Les deux projets sont en germe depuis plusieurs mois déjà, et deux accords récents ont permis d'accélérer le processus : '20 minutes' sera imprimé sur une imprimerie non gérée par les syndicats du livre, et a signé un accord avec France rail publicité, qui lui permettra d'être distribué dans les gares et les RER SNCF d'Ile-de-France, soit un lectorat potentiel de 2 millions de lecteurs. 'Metro' a pour sa part passé un contrat avec le groupe propriétaire de France Soir, qui se chargera de l'imprimer. N'ayant pas obtenu l'autorisation d'installer des présentoirs dans les rues par la Mairie de Paris, il devrait être distribué par colportage.

Ce mode de diffusion n'est pas sans inquiéter les kiosquiers et les diffuseurs de presse, qui considèrent les gratuits comme "une menace grave" pour leur réseau. Ils ne sont pas les seuls : les syndicats du livre ont annoncé qu'ils s'opposeront à la sortie de Metro "si celle-ci ne passe pas par les règles de la profession", soit par les institutions de diffusion reconnues.

Baisse de la qualité ?

Les journalistes sont également inquiets de ces sorties annoncées. Leurs syndicats craignent avant tout une baisse de leur lectorat et de leurs revenus publicitaires, mais également "la multiplication de titres dont la qualité éditoriale ne serait plus un critère de viabilité, seul comptant les rentrées publicitaires", dénonce Force Ouvrière. De fait, ni Metro ni 20 minutes ne proposeront une information très riche. "Nous ne faisons pas d'analyse. Nous délivrons des informations factuelles dans des articles courts dans tous les domaines, y compris le sport et la culture", explique Pell Tornberg, dirigeant du groupe suédois Metro International. Il estime ainsi que son journal ne fera pas concurrence aux titres déjà existant, mais sera une "presse complémentaire (…) et marginale", qui vise "les 15-35 ans qui ne lisent pas et les femmes qui n'en ont pas le temps".

Impact économique

Seulement, l'expérience de ces journaux à l'étranger aurait tendance à prouver le contraire. Selon Luciano Boso, directeur du département d'expertise de l'agence médias Carat, "les gratuits ont provoqué en moyenne une baisse de 5 à 7% de la diffusion des quotidiens payants dans les villes où ils ont été lancés, au cours de la première année". En outre, "de façon générale, ils précipitent la crise des journaux à la santé fragile sans toucher aux autres". Seule note optimiste, selon M. Boso, les gratuits attirent de nouveaux annonceurs, intéressés par ce nouveau moyen de diffusion.

Par Christophe ABRIC le 11 février 2002 à 16:18
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