© INTERNELe monde de la musique va mal, très mal, et cela ne pourrait, à l'avenir, qu'empirer. A une semaine d'intervalle, deux articles du prestigieux New-York Times ont dressé un état des lieux pour le moins pessimiste du paysage musical, soulignant en particulier la grogne de plus en plus perceptibles des artistes vis-à-vis de leurs maisons de disques.
Label solitude
Les grandes maisons de disques, explique l'un des articles, reposent essentiellement sur trois piliers : l'argent des fans, la musique des artistes, et le soutien des multinationales auxquelles elles appartiennent. Or les trois ont tendance à s'effriter. Pour le premier, rien de bien neuf : le téléchargement illégal de musique sur Internet fait baisser les ventes de disques et reste aujourd'hui la bête noire des labels. Elles n'ont de cesse de dénoncer ces pratiques, attaquent en justice, crient au feu. Mais les téléchargements continuent, et elles se retrouvent de plus en plus seules.
Car les multinationales commencent à ne plus vouloir les soutenir dans cette lutte. Les grands groupes à qui appartiennent les labels ont en effet des intérêts dans d'autres secteurs, qui peuvent leur rapporter bien plus. "Imaginez que vous soyez Sony", propose N.Strauss. "D'un côté, vous faites 4,6 milliards de dollars de bénéfices sur le marché de la musique. Mais de l'autre, vous amassez 40 milliards de dollars grâce au marché de l'électronique. Qui allez-vous écouter ? L'industrie musicale, qui se plaint des téléchargements illégaux ? Ou les dirigeants de votre branche électronique, qui veulent sortir des graveurs de CD et des lecteurs MP3 plus chers et plus performants ?".
Les artistes se sentent floués
Quant aux artistes, la situation est pire encore. Eminem, No Doubt, Dr. Dre, Beck, Mary J. Blige et quelques autres se sont récemment révoltés, demandant aux maisons de disques de ne plus proposer leurs morceaux sur leurs services de musique en ligne. Ils s'estiment en effet floués : leurs avocats ont démontré que lorsque leurs chansons étaient téléchargées, les artistes ne touchaient que des miettes. Ainsi, un manager a calculé que lorsqu'un abonné paye 20$ (23€) sur PressPlay pour avoir le droit de prendre 75 morceaux sur un mois, l'artiste ne touche que 0,0023$ par chanson téléchargée ! En outre, expliquent les avocats, la plupart des chansons proposées sur ces services le sont sans l'autorisation de l'artiste. Au final, relate l'article, "pour les artistes, la différence est très faible entre les services d'échanges de fichiers illégaux et les services proposés par les labels".
Les maisons de disque répliquent en expliquant que le système se met en route, et que pour barrer la route au piratage, il est important de s'allier et d'être patient. Mais même leurs alliés commencent à ne plus les écouter.
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