L'Allemagne tentée par les 35 heures ?

Par , le 13 mars 2002 à 18h03 , mis à jour le 12 mars 2002 à 18h31

Le président du plus grand syndicat allemand a déclaré hier que les 35 heures devaient être introduites le "plus tôt possible" en Allemagne. La France, tant décriée pour sa politique de réduction du temps de travail, ne ferait-elle plus cavalier seule ?

homme travailleur employé deprime fatigue (DR) © INTERNE

"La France à contre-courant réduisant de façon autoritaire la durée légale du travail quand les autres assouplissent leurs règles et travaillent en moyenne plus", cette critique a peut-être fait son temps. Hier, le président du plus grand syndicat allemand, Ver.di, a estimé que la semaine des 35 heures devait être introduite "le plus tôt possible" en Allemagne. Frank Bsirske a déclaré dans le quotidien Die Welt que la réduction du temps de travail correspondait au souhait des actifs et permettrait par la même occasion de combattre efficacement le chômage. La position française, qui avait pourtant laissé au mieux sceptiques la plupart des experts européens, ferait-t-elle aujourd'hui des émules ?

Depuis 1984 dans la métallurgie

"S'agit-il d'agiter l'expérience française comme un épouvantail ? En tout cas je serais étonné que l'aspiration aux 35 heures soit un mouvement fort et majoritaire en Allemagne", estime Bernard Perret, auteur du livre "35 heures, le temps du bilan"(Editions Desclée de Brouwer). Les syndicats allemands négocient actuellement des revalorisations salariales et malgré la récession qui frappe l'économie allemande, elles exigent des augmentations de 6,5%.

"Ce n'est pas un débat complètement neuf outre-Rhin", explique en revanche Jean-Louis Dayan qui vient de publier "Le bilan des 35 heures" aux éditions de La découverte. Au contraire, le "mouvement pour la réduction du temps de travail avait commencé en 1984 et les 35 heures sont en place depuis longtemps dans le secteur de la métallurgie", poursuit J.L Dayan. La durée moyenne du temps de travail s'établit actuellement à 37,4 heures par semaine à l'Ouest, partie la plus peuplée et la plus industrialisée, et 39,1 heures à l'est, dans l'ex-RDA.

Pas "un objectif final"

Mais la véritable nouveauté est que le débat émerge dans le secteur des services. "Les Allemands ont un gros souci avec leur taux de chômage. L'effet, même circonscrit, des 35 heures sur l'emploi, les conduit peut-être à réfléchir", selon Bernard Perret. En janvier le nombre de demandeurs d'emploi a largement dépassé le seuil des 4 millions pour s'établir à la fin février à 4,296 millions, soit 10,4% de la population active. "Ces dernières années, la politique allemande de l'emploi s'est focalisée sur la flexibilité du travail et sur la réduction des coûts salariaux. Or il faut admettre que les 35 heures ont eu des effets positifs sur l'organisation du travail et sur la modernisation des entreprises", ajoute Jean-Louis Dayan.

"Les 35 heures ne constituent pas un objectif final", a toutefois concédé le président du syndicat Ver.di mais de long terme. Une certitude, l'Allemagne qui a une grande tradition de négociation par branches ne devrait en tout cas pas avoir recours à une loi pour appliquer une quelconque réduction du temps de travail.

Par Sophie Lutrand le 13 mars 2002 à 18:03
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