Comment Galileo compte phagocyter le GPS

Par Franck LEFEBVRE, le 28 mars 2002 à 07h00 , mis à jour le 27 mars 2002 à 17h07

Depuis le 26 mars, le programme Galileo est lancé. Un consortium de huit entreprises européennes, Galileo Services, dirigé par Thales, est au travail pour développer les futurs services liés au concurrent européen du GPS. Entretien avec Alain Borie, responsable chez Thales de la coordination des travaux sur Galileo.

galileo © INTERNE

tf1.fr : Quelle est la taille estimée du marché visé par Galileo ?

Alain Borie, responsable "espace" chez Thales (1) : Des études économiques, commandées par l’UE, donnent un chiffre de plus de 60 milliards d’euros de retombées économiques entre 2008 et 2020.

tf1.fr : Quels sont les secteurs industriels les plus intéressés ?

"Les marchés purement GPS ou purement Galileo deviendront, à terme, marginaux"
A.B. : L’industrie automobile : PSA est très intéressé. Le transport ferroviaire : un manifeste signé par 38 pdg européens a été diffusé la semaine dernière, et l’un de ces signataires est l’Union internationale des chemins de fer. Les opérateurs télécom : ils fourniront bientôt divers services par le biais de l’UMTS. Galileo est un des systèmes candidats pour les services liés à la localisation des personnes.

tf1.fr : Les nécessités d’interopérabilité Galileo/GPS ne risquent-elles pas de faire monter le prix des récepteurs pour les futurs utilisateurs de Galileo ?

A.B. : Il faut que les fréquences choisies permettent de produire ces récepteurs au moindre coût. C’est pour cela que nous insistons beaucoup pour que les industriels concernés soient présents dès la conception du système. On peut donc supposer que ces récepteurs seront au prix des récepteurs GPS (2). Un grand "plus" sera bien sûr de fabriquer des récepteurs mixtes, qui, évidemment, seront plus chers – mais plus l’interopérabilité GPS-Galileo sera grande, moins la différence de prix sera élevée. Par ailleurs, l’existence d’une deuxième constellation de satellites va générer de nouvelles applications, qui elles-mêmes génèreront un marché suffisant pour amortir le coût des récepteurs.

tf1.fr : De quelle manière ?

A.B. : Avoir deux constellations de satellites permet d’obtenir une disponibilité plus grande du signal. Ce qui sera très intéressant, par exemple, pour le guidage des automobiles : lorsqu’on se trouve dans un "canyon urbain", c’est-à-dire dans une rue étroite, il est très difficile de se trouver en vue simultanément de quatre satellites. Et aujourd’hui, les constructeurs automobiles sont obligés de coupler le système GPS avec des capteurs pour mesurer la direction et la vitesse, afin d’extrapoler la position du véhicule dans les "trous" de couverture du GPS. Galileo permettra de diminuer la nécessité de ces capteurs. Or, actuellement, la plus grande partie du coût d’un système de navigation par satellite, pour une voiture, est liée à ces capteurs…

tf1.fr : Quelles seront les proportions d’applications fonctionnant uniquement avec Galileo, et d’applications mixtes ?

A.B. : Parmi toutes les applications Galileo, les trois-quarts seront mixtes (GPS+Galileo). Les marchés purement GPS ou purement Galileo deviendront, à terme, marginaux. Voilà pourquoi nous insistons pour que l’industrie européenne soit impliquée dès le départ dans le développement du programme, et soit incitée, par des mécanismes de financement de la recherche-développement notamment, à développer en avance le marché Galileo.

 

(1) Le groupe français Thales (ex-Thomson-CSF) est spécialisé dans l'électronique spatial et militaire. Il est le principal moteur du consortium Galileo Services, qui comporte huit entreprises de quatre pays (France, Belgique, Espagne, Italie) : Thales, Eutelsat SA, Indra, Kongsberg-Seatex AS, FDC, Hispasat, Septentrio, Telespazio.

(2) Il est possible de trouver des récepteurs GPS "premier prix" (ex : récepteur pour un palm-pilot) à partir de 210 € ; pour obtenir un récepteur de bonne qualité, compter en moyenne 350 €. Mais les récepteurs "haut de gamme" peuvent coûter plusieurs milliers d'euros.

Propos recueillis

Par Franck LEFEBVRE le 28 mars 2002 à 07:00
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