SNCF : le radicalisme syndical enrayé

Par , le 21 mars 2002 à 15h39 , mis à jour le 21 mars 2002 à 15h53

La CGT a remporté jeudi les élections professionnelles et reste de loin le premier interlocuteur de la direction. A l’exception des agents de conduites, les cheminots n’ont pas permis à Sud-Rail de continuer sa progression. Les jeunes employés n’ont pas bouleversé les rapports de forces.

[Expiré] [Expiré] SNCF grève Dijon quai de gare train passagers transports © AFP

Le raz-de-marée du syndicalisme radical n’a pas eu lieu. Les jeunes, engagés ces cinq dernières années, n’ont pas bouleversé la carte des forces syndicales à la SNCF. Rien n’a changé, ou presque, à l’issue des élections professionnelles qui se sont tenues jeudi. Et beaucoup s'en féliciteront.

La CGT, avec plus de 40% des voix, reste largement en tête de convoi, suivie par la CFDT à 18%. Plus loin, en seconde classe, l’Unsa et Sud-Rail siègent aux alentours des 11-12%. Les autres formations se partagent les wagons en queue de train.

Résultats des élections professionnelles

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2002

2000

CGT

CFDT

Unsa

Sud-Rail

FO

CFTC

FGAAC

CFE-CGC

Divers

41.82

18.59

12.25

11.13

6.13

5.48

3.37

0.98

0.24

42.01

19.03

11.31

10.70

6.15

5.32

3.96

1.22

0.30

79,15% de participation - 75,98% de suffrages valables

"Le mythe du sang neuf"

Pour la CGT, stagner est en soi une victoire. En 2000, lors des précédentes élections, le syndicat avait brutalement dégringolé de 7%, sanctionné pour avoir signé l’accord des 35 heures. La CFDT, co-signataire, s’en titre plutôt bien. "Ce résultat n’a été possible qu’avec un vote majoritaire des jeunes pour nos listes", commentait vendredi la CGT-cheminots.

Ces jeunes - 26.000 recrues depuis 1999, 40.000 en cinq ans - ont fait l’objet de toutes les attentions durant la campagne. Plus diplômée, plus féminine (27%), moins syndiquée, parfois originaire du privé, cette nouvelle génération de cheminots restait un mystère avant ces élections, éveillant tantôt les craintes, tantôt l'espoir des candidats.

La direction n’a jamais caché son espoir de voir les nouveaux venus rompre avec la culture de la grève, insuffler une dynamique commerciale dans l’ancien monopole d’Etat. "C’est le mythe du sang neuf", explique Pierre-Eric Tixier, professeur à l’IEP de Paris (1). "Mais les jeunes salariés ne changent pas l’issue d’une élection, pas plus qu’ils ne résolvent les problèmes structurels (conditions de travail, retraite, etc) à la place de la direction", poursuit-il.

Sud-Rail coupé dans son élan

Tout au plus les 18-30 ans auront-ils freiné la progression du syndicalisme radical. Celui prôné par la FGAAC et, surtout, celui de Sud-Rail. Le syndicat a séduit par son refus de négocier avec la direction et son opposition répétée à la libéralisation des transports ferroviaires. Le message trouve principalement un écho chez les agents de conduite. Sud-Rail enregistre auprès d’eux la plus forte progression (3%) mais reste la troisième force derrière la CGT et la FGAAC.

"Finalement, la stabilité des résultats est une bonne nouvelle pour la direction qui garde en face d’elle une CGT solide et prête à négocier", estime Pierre-Eric Tixier. "Mais cela ne lui permet pas de reporter les réformes structurelles urgentes et principalement celles liées aux conditions de travail des personnels roulants", conclut-il.

Résultats des élections - Agents de conduite uniquement

----

2002

2000

CGT

FGAAC

Sud-Rail

CFDT

FO

CFTC

Unsa

34.36

32.18

17.36

9.99

4.47

0.83

0.81

 

 

33.74

36.89

14.96

8.92

3.86

0.98

0.65

(1) M. Tixier publie "Du monopole au marché, les stratégies de modernisation des entreprises publiques", aux éditions La Découverte. Il est conseiller auprès d'Entreprises&Personnel, cliquez ici pour en savoir plus.

Par David Straus le 21 mars 2002 à 15:39
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