Tobin laisse sa taxe orpheline

Par F.A., le 13 mars 2002 à 19h59 , mis à jour le 12 mars 2002 à 20h10

L'économiste américain, théoricien de l’idée d’une taxe sur les transactions financières internationales, est décédé lundi. Contre sa volonté, le concept est devenu le cheval de bataille des mouvements anti-mondialisation.

james tobin © INTERNE

"L'un des économistes les plus influents de notre temps". L'Université de Yale, dont James Tobin était professeur honoraire, a salué en ces termes la mémoire de l’ancien prix Nobel –c’était en 1981. Il est vrai, qu’à l’instar de Keynes, James Tobin a laissé son empreinte dans l’économie du XXe siècle.

Il le doit surtout à son concept, lancé en 1971, qui allait bientôt devenir célèbre sous le nom de "Taxe Tobin". Le principe : taxer légèrement les échanges monétaires internationaux pour obtenir un effet stabilisateur sur les cours des changes mondiaux et réduire ainsi la spéculation financière mondiale. Son idée a ensuite été reprise par de nombreux mouvements de gauche, et notamment les militants anti-mondialisation comme ATTAC.

Une récupération qui ne plaisait en fait pas spécialement à James Tobin. L’ancien conseiller de John Fitzgerald Kennedy accusait ainsi ces organismes de "détourner son nom". Il considérait en effet que beaucoup de ces militants ont avant tout pour but de lutter contre l'expansion des marchés libres. Or il se disait au contraire partisan du libre commerce et favorable au FMI et à l'OMC. James Tobin estimait que la mondialisation était une circonstance historique positive et une chance pour le développement des pays émergents.

Les caractéristiques de la "Taxe Tobin"

- Ses principes
Elle s'appliquerait uniquement aux transactions sur les monnaies, mais pas sur les autres marchés. Elle aurait comme double objectif de freiner les flux de capitaux spéculatifs à court terme, et, comme le revendiquent certains mouvements anti-mondialisation, de financer le développement des pays pauvres.

- Les taux de taxation envisagés
Une grande partie de la spéculation est fondée sur des anticipations de variation très faibles entre monnaies, qui peuvent rapporter gros en raison des montants placés. La taxe Tobin aurait un taux très bas (entre 0,02% et 1% selon les propositions, 0,5% pour James Tobin), ce qui selon ses défenseurs n'affecterait pas les échanges de marchandises, mais freinerait la spéculation de court terme.

- Les places financières où elle s'appliquerait
La grande majorité des transactions sur les monnaies (82%) s'opère actuellement sur moins de dix places financières : Royaume Uni (32%), Etats-Unis (18%), Japon (8%), Singapour (7%), Allemagne (5%), Suisse (4%), Hong Kong (4%)  et France (4%). Environ 50% des transactions s'opèrent dans l'UE, et environ 80% dans des pays du G7 ou de l'UE, selon un rapport de députés européens.

- Ce qu'elle rapporterait
Selon des estimations universitaires britanniques, elle rapporterait de 50 à 250 milliards de dollars par an. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estime le coût de l'accès à l'eau, l'énergie, la santé et l'éducation, pour éliminer l'extrême pauvreté dans le tiers monde, entre 30 et 40 milliards de dollars par an.

- Les diverses critiques qui lui sont adressées
Elle doit être universelle, sans quoi il y aurait des délocalisations de places financières. Or les Etats-Unis n'y sont pas favorables. Elle pourrait toucher l'économie réelle, pas seulement les mouvements de capitaux à court terme. Elle est techniquement inapplicable, du fait par exemple des innovations électroniques et financières incessantes pour intervenir sur le marché des changes. Il y a d'autres moyens de stabiliser le système monétaire international, par exemple la stabilisation des taux de change des grandes monnaies, dollar, euro et yen.

Par F.A. le 13 mars 2002 à 19:59
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