Touche pas à mon électricité !

Par , le 15 mars 2002 à 16h35 , mis à jour le 13 mars 2002 à 17h40

Seule contre tous, ou presque. La France s'apprête à affronter la plupart de ses collègues européens vendredi lors du sommet de Barcelone. Elle refuse de s'engager sur une date pour ouvrir le marché de l'énergie à la concurrence.

picto EDF GDF France touche pas à mon électricité © INTERNE

"Ne pas faire aux autres ce que l'on n'aimerait pas qu'ils nous fassent". Depuis quelques temps les relations entre EDF et ses homologues européennes sont "électriques". Et le sommet européen qui s'ouvre vendredi à Barcelone devrait à nouveau être le théâtre de passes d'armes entre la France et ses voisins européens. A l'ordre du jour : harmonisation des marchés financiers et des marchés du travail. Objectif : faire de l'Europe la région économique la plus dynamique au monde d'ici 2010. Mais le débat qui cristallisent les divergences est celui de l'ouverture du marché de l'énergie, dossier sur lequel la France, attachée à son service public, essaie encore de faire jouer l'exception française et de ne pas s'engager à ouvrir davantage ses frontières.

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Elle devra faire face à un axe libéral alliant le premier ministre britannique Tony Blair au président du conseil italien Silvio Berlusconi et au chef du gouvernement José Maria Aznar bien décidés à faire avancer le dossier. La France pourra toutefois compter sur le soutien de l'Allemagne : Hans Eichel, ministre allemand des Finances a déclaré hier, à l'issue du sommet franco-allemand qu'il "n'y aura pas de conflit ou d'affrontement franco-allemand" au sujet de la libéralisation du marché de l'énergie.

D'abord les professionnels, les particuliers, plus tard

Lors du sommet de Stockholm l'an dernier, la Commission européenne avait essayé de faire voter, en vain, un texte fixant un échéancier pour une ouverture totale des marchés de l'énergie. Ce texte, qui refait surface à Barcelone, différencie l'ouverture des marchés aux professionnels (prévue en 2003 pour l'électricité et en 2004 pour le gaz) et celle aux consommateurs privés (fixée à 2005 pour l'électricité comme pour le gaz). Paris semble disposé à signer le calendrier pour les professionnels mais en aucun cas celui touchant le marché des particuliers. Accrochés aux valeurs de service public, Jacques Chirac et Lionel Jospin vont d'abord réclamer la mise en œuvre d'une directive européenne qui définirait "un socle commun d'obligations de service public".

Un argument qui n'est guère du goût des autres pays qui dénoncent le rôle de prédateur que joue EDF à l'étranger, où elle a multiplié les acquisitions comme en Italie avec Edison, tout en bénéficiant d'un marché intérieur largement protégé. Le président de la Commission européenne, Romano Prodi, a estimé qu'un "échec sur ce dossier à Barcelone coûterait 15 milliards d'euros pas an à l'Union européenne". De quoi motiver les adversaires de la France.

Par Sophie Lutrand le 15 mars 2002 à 16:35
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