© INTERNECent cinquante mille tarifs proposés, des dizaines de milliers de chambres d’hôtel, plus de 500.000 possibilités de louer une voiture et, à terme, une couverture totale du marché européen : Opodo, en ligne en France depuis mercredi, devrait aisément se faire une place sur le marché de la réservation de billets sur le Web.
"Dans un marché en pleine croissance, l’entrée de ce nouvel opérateur a un effet d’aiguillon mais d’aiguillon positif", estime Denis Wathier, le directeur général de Voyages-SNCF (Expedia). "Cette arrivée est extrêmement positive car elle confirme une migration des tour-opérateurs vers le Net, qui plus est, d’acteurs sérieux et crédibles", renchérit Roland Coutas, Pdg de TravelPrice.
Supprimer les intermédiaires
La concurrence peut bien crâner, Opodo n’est pas un opérateur comme les autres. Derrière ce groupe déjà présent en Allemagne et au Royaume-Uni, se profilent neuf compagnies aériennes européennes, actionnaires exclusifs de cette agence en ligne. Air France, British Airways et Lufthansa disposent chacune de 22,8% du capital. Alitalia, Iberia et KLM possèdent chacune 9,14%. Viennent ensuite Finnair (1,7%), AER Lingus (1,1%) et Austrian Airlines (1,1%).
Objectif affiché : diminuer les coûts en se débarrassant des intermédiaires, les agences virtuelles ou réelles. "La distribution est le deuxième poste de dépenses des compagnies après les salaires", déplore Giovanni Bisignani, le président exécutif d’Opodo (pour "
Opportunity to do"). Autre ambition, sans doute : mettre un frein au succès des compagnies à bas prix, telles que RyanAir et AirLib Express (suite en page 2).(suite de la page 1)
"Ce n’est pas la première fois que des compagnies se chargent de la vente de leurs propres billets, en magasin ou sur Internet", relativise Frédéric Battut, secrétaire général de Dégriftour. "Tout se fera sur le dos des petites agences de quartier mais pas des grandes enseignes, tout comme les épiceries ont disparu au profit de la grande distribution", analyse, fataliste, Roland Coutas.
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Reste que cette alliance entre neuf compagnies est inédite en Europe. Certains voyagistes s’en sont émus auprès de la Commission européenne. "Joue-t-on dans la même cour ? ", s’interroge Frédéric Battut.
Bruxelles veille
"Il faut être attentif aux tarifs auxquels Opodo achètera les billets auprès des compagnies et, surtout, à l’accessibilité de cette agence aux stocks", poursuit-il. "Si nous ne pouvons acheter que 10 places à bas prix quand Opodo en reçoit 10.0000, il y a effectivement un problème ", observe Denis Wathier, qui compte sur la vigilance du gendarme bruxellois.
Les neuf compagnies aériennes semblent s’être attiré la bienveillance de la Commission, en lui notifiant dès l’année dernière leur projet. Elle s’y engagent à n’accorder ni tarifs préférentiels exclusifs, ni accès privilégié à Opodo. L’agence en ligne garantit pour sa part que ses partenaires commerciaux ne seront pas limités à ses actionnaires et surtout, qu’elle ne servira pas à échanger illicitement des informations entre les compagnies.
"Qu’importe la nature de l’actionnariat, si les règles du jeu sont respectées", accorde Philippe Demonchy, porte-parole du SNAV (1). "Mais il y a deux discours : celui, exorbitant, d’Opodo qui affirme pouvoir pratiquer des tarifs de 20 à 30% inférieurs à ceux du marché et celui, rassurant, de l’actionnaire Air France qui s’engage à mettre toutes les agences sur le même pied", s’inquiète-t-il. "Des prix aussi peu élevés peuvent être l’indice d’un dysfonctionnement, d’un accès privilégié à des tarifs non publics", soupçonne le porte-parole.
(1) Le Syndicat national des agents de voyage, seul organisme représentatif de la profession mais au sein duquel existe plusieurs familles professionnelles, des grands réseaux aux indépendants.
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