Remettre les cadres de plus de 50 ans au boulot

Par , le 10 avril 2002 à 17h57 , mis à jour le 09 avril 2002 à 18h18

Les quinquas reprennent de l'attaché-case. Favoriser l'emploi des plus de 50 ans après les avoir mis d'office en retraite anticipée semble être la nouvelle idée à la mode.

travail emploi cadres quinquagénaires © INTERNE

Au moment du passage à l'euro, la Poste avait fait appel à ses jeunes retraités pour venir en aide aux agents et faciliter le passage à la monnaie unique. Après l'engouement pour les Pdg teen-agers, on a loué le retour de seniors expérimentés à la tête des start-up. Aujourd'hui, le retour des quinquagénaires dans les entreprises est une idée à la mode. Lundi, Laurent Fabius publiait une tribune dans Libération prônant des mesures d'aide au retour à l'emploi des plus de 50 ans et annonçait la couleur : objectif, 200 000 contrats de retour à l'emploi pour les plus de 50 ans. Hier l'Apec, association pour l'emploi des cadres et le cabinet de recrutement QuinCadres publiaient le premier baromètre de l'emploi des cadres de 50 ans et plus. 

Mais la démarche n'est pas désintéressée : dès 2004, la France devra faire face à une pénurie de cadres. Et tant qu'ils travaillent, les quinquas cotisent pour les retraites au lieu de les percevoir et participent à la croissance du PIB. Les objectifs sont identifiés, reste à les mettre en œuvre, et la tâche n'est pas aisée.

Pas la cote auprès des recruteurs

"Non seulement les recruteurs ont une mauvaise image
des plus de 50 ans
mais c'est également l'image que les salariés ont d'eux-mêmes", Jacky Chatelain,
DG de l'Apec.

Sur près de 10 millions de personnes de 50 à 64 ans, seule une sur deux est en activité au moment de prendre sa retraite. La France compte un des taux d'activité des plus de 50 ans les plus faibles de l'Union européenne. Les cadres seniors ne séduisent plus les recruteurs. Ils représentent 28% des cadres mais seulement 3% des recrutements de cadres en 2001.

Non seulement les recruteurs ont une mauvaise image des plus de 50 ans, manque de dynamisme, méthodes de travail obsolètes, mais c'est également l'image que les salariés ont d'eux-mêmes selon Jacky Chatelain, directeur général de l'Apec. "Des cadres viennent nous voir en nous disant qu'ils sont une charge pour leur entreprise", explique-t-il. Et pourtant, l'étude de l'Apec et de Groupe QuinCadres, démonte un à un les reproches que l'on adresse aux seniors.

Des formations tout au long de la carrière

Manque de motivation ? Dans les faits, ils s'adaptent très vite, sont immédiatement opérationnels et, s'ils n'ont plus l'ambition des jeunes premiers, ils ont davantage le sens du collectif et de l'entreprise, souligne l'étude. Trop chers ? Pas si vrai. En moyenne, leurs salaires sont seulement supérieurs de 5 à 8% à ceux des plus jeunes. Paradoxalement, les seniors sont très mobiles. "Mais c'est aux cadres eux-mêmes d'avoir un comportement gagnant et de faire valoir leurs qualités au recruteur", estime Jacky Chatelain.

Comment faire un sort à ces préjugés et relancer l'emploi des cadres de plus de 50 ans ? "Relancer les formations avant et après 50 ans pour préparer les évolutions de carrière, effectuer des bilans de compétence régulièrement etc". Et changer les mentalités : l'aide de l'Apec qui rencontre chaque année 21 000 entreprises, sera sans doute précieuse dans ce chantier.

Par Sophie Lutrand le 10 avril 2002 à 17:57
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