Dis-moi ce que tu manges…

Par Franck LEFEBVRE, le 15 mai 2002 à 07h00 , mis à jour le 14 mai 2002 à 22h53

Adeptes du "snacking" ou de la côte de boeuf, vos goûts trahissent vos modes de vie ! Une étude de l’INSEE décortique 40 ans de l'histoire de nos assiettes. Entretien avec un des auteurs de cette enquête : Christine Monceau.

assiette steak frites © INTERNE

tf1.fr : Depuis les années 60, en quoi le contenu de notre assiette a-t-il changé ?

Christine Monceau (1) : On constate des tendances lourdes. La première est la diminution des produits traditionnels du type pain ou pomme de terre. Deuxième tendance : le développement des produits prêts à consommer : conserves, surgelés, quiches et pizzas… Troisième tendance : la baisse des produits de type graisses brutes et sucres bruts, ainsi que de la viande de bœuf.

tf1.fr : La viande de bœuf n’est-elle pas victime d’un "effet vache folle" ?

C.M. : Les ménages ont commencé à délaisser les viandes, notamment le bœuf, dès le milieu des années 80. Et ce pour plusieurs raisons : le facteur prix, tout d’abord. Ensuite, une attention accrue portée à la santé les a poussés à consommer moins de matières grasses – une incitation renforcée par les médecins et les médias. Enfin, il y eu un "effet offre" : dans les rayons des grandes surfaces, on a assisté à l’explosion des rayons "traiteurs", avec des produits comme les terrines de la mer, le saumon fumé… Le poisson, produit alimentaire facile à cuisiner dès lors qu’il est vendu préparé, et disposant de qualités diététiques, a été fortement mis en avant et répondait très bien à une certaine demande. La crise de la vache folle a bien sûr été marquée par un certain report vers les volailles et poissons préparés ; mais nous manquons de recul pour savoir s’il y aura un "effet vache folle" à moyen terme.

tf1.fr : Qu’est-ce qui a le plus contribué à changer notre façon de manger ?

C.M. : Elle a beaucoup changé avec le développement du travail féminin, l’allongement des trajets domicile-travail ; on consacre aussi plus de temps aux loisirs, moins à la cuisine. D’où l’apparition du "snacking", ou grignotage, qui consiste à prendre des aliments à consommer sur le pouce le midi. Egalement, l’offre en matière de produits alimentaires se diversifie pour répondre à des demandes spécifiques. Exemple : dans le rayon des yaourts, on peut trouver désormais des produits qui s’adressent aux sportifs, des substituts de repas, des produits santé (bifidus), des produits ciblés sur les enfants…

tf1.fr : Est-ce une évolution homogène ?

C.M. : Non, il y a des grandes disparités. Il y a tout d’abord un "effet génération" : le "snacking" concerne plutôt les jeunes, qui, paradoxalement, sont également gros consommateurs de produits dits "santé-forme" : jus de fruits, produits diététiques. Il y a aussi des grandes différences selon les catégories sociales. On peut caractériser deux grandes catégories aux comportements très opposés : les agriculteurs et les cadres. Les premiers consomment plutôt des produits traditionnels à forte valeur nutritive : huiles, sucres. Les fruits et légumes, bien qu’ils en produisent, ne sont pas prioritaires dans leur alimentation. A l’inverse, les cadres sont plutôt orientés vers les produits "santé-forme", les produits laitiers, la pâtisserie.

(1) Christine Monceau appartient au département des comptes nationaux de l’INSEE, division "synthèse des biens et services"

Propos recueillis

Par Franck LEFEBVRE le 15 mai 2002 à 07:00
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