© INTERNEtf1.fr : Depuis les années 60, en quoi le contenu de notre assiette a-t-il changé ?
(1) : On constate des tendances lourdes. La première est la diminution des produits traditionnels du type pain ou pomme de terre. Deuxième tendance : le développement des produits prêts à consommer : conserves, surgelés, quiches et pizzas… Troisième tendance : la baisse des produits de type graisses brutes et sucres bruts, ainsi que de la viande de bœuf.tf1.fr : La viande de bœuf n’est-elle pas victime d’un "effet vache folle" ?
C.M. : Les ménages ont commencé à délaisser les viandes, notamment le bœuf, dès le milieu des années 80. Et ce pour plusieurs raisons : le facteur prix, tout d’abord. Ensuite, une attention accrue portée à la santé les a poussés à consommer moins de matières grasses – une incitation renforcée par les médecins et les médias. Enfin, il y eu un "effet offre" : dans les rayons des grandes surfaces, on a assisté à l’explosion des rayons "traiteurs", avec des produits comme les terrines de la mer, le saumon fumé… Le poisson, produit alimentaire facile à cuisiner dès lors qu’il est vendu préparé, et disposant de qualités diététiques, a été fortement mis en avant et répondait très bien à une certaine demande. La crise de la vache folle a bien sûr été marquée par un certain report vers les volailles et poissons préparés ; mais nous manquons de recul pour savoir s’il y aura un "effet vache folle" à moyen terme.
tf1.fr : Qu’est-ce qui a le plus contribué à changer notre façon de manger ?
C.M. : Elle a beaucoup changé avec le développement du travail féminin, l’allongement des trajets domicile-travail ; on consacre aussi plus de temps aux loisirs, moins à la cuisine. D’où l’apparition du "snacking", ou grignotage, qui consiste à prendre des aliments à consommer sur le pouce le midi. Egalement, l’offre en matière de produits alimentaires se diversifie pour répondre à des demandes spécifiques. Exemple : dans le rayon des yaourts, on peut trouver désormais des produits qui s’adressent aux sportifs, des substituts de repas, des produits santé (bifidus), des produits ciblés sur les enfants…
tf1.fr : Est-ce une évolution homogène ?
C.M. : Non, il y a des grandes disparités. Il y a tout d’abord un "effet génération" : le "snacking" concerne plutôt les jeunes, qui, paradoxalement, sont également gros consommateurs de produits dits "santé-forme" : jus de fruits, produits diététiques. Il y a aussi des grandes différences selon les catégories sociales. On peut caractériser deux grandes catégories aux comportements très opposés : les agriculteurs et les cadres. Les premiers consomment plutôt des produits traditionnels à forte valeur nutritive : huiles, sucres. Les fruits et légumes, bien qu’ils en produisent, ne sont pas prioritaires dans leur alimentation. A l’inverse, les cadres sont plutôt orientés vers les produits "santé-forme", les produits laitiers, la pâtisserie.
(1)
Christine Monceau appartient au département des comptes nationaux de l’INSEE, division "synthèse des biens et services"Propos recueillis
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