Pêche : l'UE serre la vis

Par A.G., le 28 mai 2002 à 07h54 , mis à jour le 28 mai 2002 à 08h01

Malgré les réticences de la France et de l'Espagne, la Commission européenne a dévoilé ce mardi un projet de réforme drastique de la politique de pêche des Quinze. Objectif : préserver l’équilibre des ressources maritimes en réduisant de 30% à 60% de l'effort de pêche. Près de 30.000 emplois sont menacés d'ici 2006.

[Expiré] [Expiré] poisson étalage Rungis AFP © AFP

"Préserver les ressources maritimes", tel est l’objectif de la Commission européenne qui a dévoilé mardi son plan pour y parvenir. Et le plan s’annonce drastique. Bruxelles réclame une réduction de 30% à 60% de l'effort de pêche, selon les régions et les types de pêches, qui devrait se traduire par le retrait de quelque 8.600 navires, soit 8,5% du nombre des bateaux de pêche communautaires. En théorie, la réforme de la politique communautaire de la pêche (PCP) doit commencer à entrer en vigueur le 1er janvier 2003 et s’étaler jusqu’en 2006. Sur la même période, le plan suggère de financer la reconversion des marins laissés à quai, à l'aide des montants initialement prévus pour la modernisation des flottes, soit environ 460,6 millions d'euros. La Commission estime qu'un maximum de 28.000 pêcheurs, représentant quelque 11% de l'emploi total en mer, pourraient être affectés par ces mesures.

Pour aller plus loin

Lire notre interview :

"Il faut prendre des mesures radicales pour sauver la pêche"

L'annonce de ce plan a aussitôt suscité une levée de boucliers en France et en Espagne, pays les plus hostiles à cette réforme de la politique communautaire de la pêche. Le nouveau ministre français de l'Agriculture Hervé Gaymard a fait part dès lundi de sa ferme opposition au projet, en marge de son premier Conseil des ministres de l'UE. Un représentant des pêcheurs en France, le président du comité régional des pêches de Bretagne, André Le Berre, l'a qualifié d'"impensable".

Protestations de la France et de l'Espagne

La commissaire européenne espagnole Loyola de Palacio a également fait part de ses "vives inquiétudes" et réitéré sa "réserve  globale sur tous les aspects proposés par cette réforme", dans une missive  datée de lundi et adressée au commissaire à l'Agriculture, Franz Fischler. Luis Filipe Frazao Gomes, le secrétaire d'Etat portugais à la pêche, a assuré que son pays ira "aussi loin qu'il le faudra" pour bloquer la réforme européenne de la pêche. Les plans de Bruxelles suscitent également de vives craintes en Irlande et dans des pays du sud de l'UE comme l'Italie et la Grèce, considérés comme "amis de la pêche" pour l'importance de leurs flottes, par opposition aux "amis du poisson", ceux du Nord, soucieux de la raréfaction des ressources halieutiques.

Le commissaire européen reconnaît le lourd impact qu'aurait cette réforme, mais la juge nécessaire.  "Nous n'avons pas le choix", a averti jeudi dernier M. Fischler. "La PCP ne marche pas. Il y a trop de pêcheurs pour trop peu de poissons. Selon les secteurs et les régions, les surcapacités vont de 30 à 60%". Le projet de M. Fischler souligne "la menace grave pour le développement durable mondial" que fait peser "la surexploitation des stocks de poisson" et prône une révision de la gestion pluriannuelle des ressources halieutiques de l'UE. Reste que de 1990 à 1998, 66.000 marins pêcheurs ont déjà perdu leur emploi dans l'UE, soit 22% des effectifs totaux de l'Union, selon la Commission. Les débats s’annoncent donc houleux au sein de la Commission européenne, qui doit définitivement arrêter son plan le 11 juin prochain.

Par A.G. le 28 mai 2002 à 07:54
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