Les places boursières adorent le foot

Par Gérard RANSAY, le 01 juin 2002 à 07h00 , mis à jour le 31 mai 2002 à 19h40

A Paris comme à Londres le lancement de la coupe du monde passionne les opérateurs des marchés financiers qui s’arrangent pour suivre les matchs tout en travaillant. Vendeurs et acheteurs n’hésitent pas à prendre des jours de congés ou à se relayer devant leurs claviers pour supporter leurs favoris.

A Londres, Il n’y a que le foot ou le cricket pour détourner les brokers, traders, et autres analystes de leurs écrans. L'activité dans la City, le quartier financier de Londres, était nettement ralentie vendredi à la mi-journée, les banquiers ayant délaissé leurs ordinateurs pour regarder le premier match de la Coupe du Monde de football. Sur le marché du pétrole de Londres, l'International Petroleum Exchange (IPE), qui est l'un des derniers marchés encore dotés d'une corbeille, les analystes se sont installés devant la télévision de la cantine pour regarder la rencontre France-Sénégal. Le premier match intéresse les professionnels de la finance mais, selon un courtier de l’IPE, il ne fait aucun doute que " l'activité sera paralysée vendredi prochain, lors du choc Angleterre-Argentine "."La plupart des entreprises ont conclu un accord avec un pub et il n'y aura alors qu'un semblant de personnel dans les salles de marché". Pour cette occasion, les analystes de Aberdeen Asset Management, un gestionnaire de fonds, ont loué une salle du restaurant argentin Gaucho Grill, situé au coeur de la City.

Les pubs prévoient une telle affluence qu’ils ont décidé d'imposer un droit d'entrée juste pour regarder le match, et les entreprises sont prêtes à payer, car certaines "gèrent" la coupe du monde comme un outil marketing convivial. A l’occasion du match de l’Angleterre contre l’Argentine, Garban une société de courtage a proposé à la moitié de ses courtiers et analystes d'inviter des clients à déjeuner pour regarder la rencontre, et à ceux qui restent au bureau de suivre celle-ci à la télévision. Cette approche souple devrait éviter une épidémie soudaine de crises de foie ou de grippe et assurer une certaine présence dans les bureaux.

La fièvre du foot est la même à Paris

Il n’y a pas que les banquiers londoniens qui sont frappés par la " footballite ". Cette fièvre touche aussi les financiers parisiens. Au siège de Suez à Paris, une petite centaine d'employés, cadres, cuisiniers ou agents du courrier se sont installés ou relayés devant les deux écrans géants du sous-sol de l'entreprise pour suivre le premier match du Mondial joué par les Bleus. Ceux qui ont pu se libérer ont profité des 70 sièges de l'amphithéâtre mis à leur disposition pour l'occasion par la direction du groupe français de services aux collectivités (eau, énergie, propreté).

Ce type d’initiative s’est multiplié, du coup, les salles de marché, déjà calmes ces dernières semaines, ont été désertées au coup d'envoi du premier match du Mondial-2002 de football, joué et perdu 1-0 par la France à Séoul devant le Sénégal. Un vendeur d’une grande banque française explique, "l'ambiance dans ma salle de marchés ? Une quinzaine de personnes debout, massées devant un minuscule écran, digne des télés de surveillance des parkings souterrains, et qui tentent d'apercevoir la balle dans une pluie de neige!".

Ajoutée au manque de visibilité sur la plupart des marchés actuellement, la passion du foot a sans aucun doute freiné les échanges, et le montant des échanges sur les valeurs bénéficiant du Service à règlement différé (SRD) est resté modeste, à 4,47 milliards d'euros. Une petite journée pour le business, morose pour l’équipe de France, et un grand jour pour le Sénégal, ainsi va le sport.

Par Gérard RANSAY le 01 juin 2002 à 07:00
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