© INTERNEDepuis le milieu des années 1990, les grands acteurs du marché de l’armement mondial n’ont eu de cesse de grandir à coup de fusions, d’acquisitions plus ou moins hostiles, de partenariats afin d’être plus à même de répondre à des appels d’offres globaux. Ces compétitions féroces pour décrocher de gros contrats réclament de multiples compétences, tant techniques que financières et peu à peu, les grandes entreprises de ce secteur sont devenues des géants incontournables. Aux USA, Boeing, General Dynamics, Lockheed Martin, Northrop Grumman et Raytheon sont les cinq principaux fournisseurs du Pentagone, tandis qu’en Europe EADS, Thales, British Aerospace (BAE) Dassault, et autres Lagardère bataillent pour le titre de leader dans leurs domaines respectifs. Dans les salles de marché françaises, nombre d’analystes pensent que la concentration des sociétés d’armement européennes n’est pas terminée, et qu’elle continuera jusqu’à former deux ou trois consortiums de taille mondiale, capables, sinon de concurrencer les Américains, de négocier avec eux des partenariats stratégiques dans de bonnes conditions.
La droite au pouvoir relance les spéculations sur les fusions
La "vague de fond bleue" qui a submergé les législatives, encourage les rumeurs selon lesquelles le gouvernement serait favorable à de nouvelles noces parmi nos poids lourds de la défense. Les rumeurs précèdent toujours les décisions officielles, ainsi le marriage de Thales, le groupe d'électronique professionnelle et du motoriste aéronautique public Snecma qui avait été annoncé dans Le monde de samedi ne semblait étonner personne, sauf... le PDG de Thales, Denis Ranque. Selon lui, les banques d’affaires proposent "des schémas plus imaginatifs les uns que les autres alors que le futur de Thales n'est pas déterminé par l'extérieur mais par la direction de l’entreprise et ses actionnaires". Comme pour lui faire écho, et lui donner raison, le ministère des finances annoncait, lundi soir, que cette union n'était pas envisagée.
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Malgré l'erreur de casting pour cette fois, l'Etat qui détient 97 %, de Snecma, 33% de Thales, a les cartes bien en main, et avait déjà évoqué un désengagement partiel de Snecma en 2001. A l'époque les conditions d'une bonne cession n'étaient pas réunies, mais les temps ont changé, et aujourd’hui les prédateurs de haut vol du secteur, comme Dassault, Lagardère, sont à l'affût de bonnes opportunités.
Du côté de Thales, si le scepticisme prédominait par rapport à la cohérence de la fusion avec Snecma, la vente par l’état de sa participation semble néanmoins convenir à son état-major. Ainsi, selon une source proche de l’entreprise, "si l'Etat veut placer des titres sur le marché, c'est le bon moment, car Thales se verrait bien devenir une société comme une autre, avec un capital coté en bourse, sans actionnaire de référence." Le contexte semble favorable à ces rapprochements, les dépenses militaires dans le monde ont progressé l'an dernier pour la troisième année consécutive, et des acteurs périphériques comme Alcatel souhaitent céder leurs titres de Thales sur le marché dans de bonnes conditions. La confirmation lundi, d'un effort financier national en faveur de la défense, par Michèle Alliot-Marie lors de l'inauguration du salon des industries de l'armement terrestre, laisse à penser que la France s’apprête à augmenter ses budgets militaires sur la période 2003 / 2008.
Mardi Thales annoncait coup sur coup, la cession de Thales IS, sa filiale informatique, au groupe GFI, et l'obtention d'un contrat, évalué à 100 millions d'euros, avec le groupe public d'armement terrestre Giat Industries pour la fourniture du viseur qui équipera le futur véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI). Ces bonnes nouvelles ont été ternies par la perquisition de gendarmes au siège parisien du groupe Thalès dans le cadre de l'enquête sur l'affaire des frégates de Taïwan. Celle-ci a été effectuée par des gendarmes, sur commission rogatoire du juge Renaud van Ruymbeke, sur l'existence d'éventuelles rétro commissions versées en France en marge de la vente de six frégates militaires par Thomson à Taïwan, en 1991.
Photos / LCI / Moteur avion Snecma / Frégate lance-Missiles.
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