© INTERNEtf1.fr : Selon l’étude menée par votre cabinet (1), à quoi les femmes consacrent-elles le temps libéré par la loi sur les 35 heures ?
Danielle Rapoport, psychosociologue : Il existe différentes attitudes définies tout d’abord par la façon dont l’entreprise applique la loi. Il est évident qu’on ne met pas à profit de la même manière une heure de RTT gagnée par-ci par-là ou une journée entière. Intervient ensuite le niveau socio-culturel. Les femmes les plus aisées ont les ressources culturelles et financières nécessaires pour profiter du temps gagné à des fins de loisirs. En revanche, dans les catégories sociales plus basses, l’étude montre que les femmes consacrent plus de temps aux tâches ménagères.
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Parce qu’elles n’ont pas les moyens financiers de faire autre chose ?D.R. : Oui, en partie, car leur pouvoir d’achat n’a pas augmenté avec les 35 heures. Mais ces femmes développent aussi une culpabilité à disposer d’un temps qu’elles ne consacreraient pas à leur foyer. C’est d’autant plus vrai pour celles qui s’étaient autorisées à louer les services d’une baby-sitter ou d’une aide ménagère. A leurs yeux, ces services deviennent un luxe puisqu’elles disposent de plus de temps "libre".
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Constate-t-on un même phénomène chez les hommes ?D.R. : Le temps passé à la maison augmente aussi mais il n’est pas consacré aux tâches ménagères(2). Les hommes n’auront pas de scrupule à se détendre, à s’amuser avec les enfants ou tout simplement à ne rien faire. S’ils font la cuisine, ce n’est qu’occasionnellement. Et jamais on ne les verra laver la salle de bain ou les toilettes, des activités répétitives et subies par leur conjointe. Les 35 heures ont en quelque sorte radicaliser les comportements sexistes. Encore faut-il nuancer : les jeunes générations dans les catégories socioculturelles les plus élevées partagent de plus en plus les tâches domestiques. Les congés paternels devraient renforcer la tendance.
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Vous attendiez-vous à faire un tel constat à l’issue de votre enquête ?D.R. : J’ai été surprise d’entendre autant de critiques de la part des femmes à l’égard des 35 heures. Beaucoup d’entre elles dénoncent l’écart entre leur situation et ce soi-disant temps de loisirs et de détente dont ne cessent de parler la publicité et les médias depuis la réduction du temps de travail. Je pensais aussi découvrir une répartition des tâches un peu plus équitable, plus proche de l’image diffusée par la pub, d’un homme modèle, s’investissant dans la vie du foyer. On ne change pas les mentalités en quelques mois. Ce n’était d’ailleurs pas la finalité des 35 heures dont l’objectif était surtout de partager l’emploi.
(1) Le Cabinet Rapoport Conseil a réalisé une étude sur la dimension du temps dans les modes de vie des Français et leurs types de consommation. Les questionnaires ont été soumis à des personnes des deux sexes, âgés de 18 à 65 ans, habitant à Paris ou en province. L’étude est " plus qualitative que quantitative ", souligne la psychosociologue.
(2) Danielle Rapoport a été amenée à commenter les résultats d’une étude réalisée par Paic (Colgate-Palmolive) et l’institut Ares sur la vision des femmes sur le rôle respectif des deux sexes face aux tâches ménagères. Selon ce sondage, les tâches ménagères occupent les femmes 8 à 9 heures par semaine contre une à deux heures seulement pour les hommes.
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