Les jackpots des patrons anglo-saxons énervent leurs actionnaires

Par Gérard RANSAY, le 26 juin 2002 à 20h02 , mis à jour le 25 juin 2002 à 19h05

Aux Etats-Unis, et en Grande Bretagne, les actionnaires s’élèvent de plus en plus contre les rémunérations «astronomiques» des patrons de grands groupes. Celles-ci choquent d’autant plus que certains s’enrichissent, alors que leurs entreprises sont en pleine débâcle.

kenneth lay © INTERNE

Depuis les années 80, aux Etats-Unis, les salaires de nombreux dirigeants ont suivi une ascension vertigineuse, souvent sans lien avec leurs performances. L’affaire Enron, cet énorme courtier en énergie, stigmatise à elle seule les abus délirants dont a profité une poignée de cadres dirigeants, au détriment des actionnaires et des salariés. Selon des documents transmis au tribunal des faillites de New York, Enron, a versé à ses dirigeants près de 745 millions de dollars en salaires,

bonus et stock-options en 2001. L'ex PDG du groupe Kenneth Lay a touché à lui seul 1,07 million de dollars de salaire et 7 millions de dollars de bonus. Si l'on ajoute des prêts consentis par son groupe, le total reçu par l'ex PDG atteint 103,6 millions de dollars, sans compter 49 millions de dollars de stock-options dont 34 millions ont été exercés sur la période. Tout aussi surréaliste, le "coup magistral" de Dennis Kozlowski, l'ex-PDG du conglomérat industriel Tyco. Evincé après l'annonce de son inculpation pour fraude fiscale et soupçonné d'abus de biens sociaux, Kozlowski devrait toucher des indemnités de départ de plus de 100 millions de dollars.

Enfin la palme revient à Bernie Ebbers, l'ex-patron de Worldcom. Renvoyé sans ménagement par le conseil d'administration du groupe de télécommunications, dont le titre était en chute libre après l'ouverture d'une enquête de la Commission des opérations boursières (SEC) sur les comptes de la société, Worldcom versera à son ex-PDG une indemnité de 1,5 million de dollars, annuellement jusqu'à la fin de ses jours. Son épouse elle toucherait la somme phénoménale de 750 millions de dollars en cas de décès prématuré du cow-boy des telecoms. Le scandale des fraudes dans la comptabilité de Worldcom, qui éclabousse toutes les bourses mondiales risque d'inciter la justice à se pencher sur ces transactions. 

Les actionnaires et les gestionnaires de fonds en ont assez

En Europe, c’est le cas de Christopher Gent, PDG de Vodafone, le numéro un mondial de la téléphonie mobile, qui a fait craquer de nombreux professionnels de la finance. Le groupe a en effet révélé la semaine dernière que Chris Gent avait bénéficié d’un salaire de 1,88 million d'euros (12,31 millions de francs) en 2001, et ce, malgré des pertes record dans l'histoire britannique, une action proche de son plus bas niveau depuis quatre ans et un raid à 177 milliards d'euros sur Mannesman. C'est pourtant son bonus en actions, d'une valeur de 2,34 millions d'euros, qui mettra le feu aux poudres. Même la prestigieuse association nationale des fonds de pension (NAPF) s'est indignée : "La période écoulée entre le rachat de Mannesman et le versement du bonus de cris Gent, est insuffisante pour juger si cette opération était positive ou pas. Nous pensons que les revenus d'un patron doivent refléter les résultats du groupe, or cela ne dépend pas du nombre de sociétés rachetées".

La NAPF juge parfaitement normal que le responsable d'un grand groupe reçoive un salaire très élevé. "Nous comprenons que dans un marché mondial, on doive payer un salaire capable de soutenir une comparaison internationale, mais à condition que les résultats soient eux aussi de classe internationale", martèle la porte-parole de la NAPF. Les cas très médiatisés cités ci-dessus ont déjà eu un impact en Grande Bretagne, où le gouvernement a promis un projet de loi obligeant les entreprises à soumettre au vote des actionnaires les rémunérations de leurs dirigeants.

Photos : AFP 1) Kenneth Lay PDG de Enron devant le sénat US   LCI  2) New York Stock Exchange (NYSE)

Par Gérard RANSAY le 26 juin 2002 à 20:02
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