Nouveau coup dur pour Andersen

Par F.L., le 17 juin 2002 à 09h00 , mis à jour le 15 juin 2002 à 18h15

Un jury fédéral américain a déclaré samedi Arthur Andersen coupable d'obstruction à la justice dans l’affaire Enron. Le cabinet d'expertises comptables, passible d'amendes dont le montant pourrait être deux fois supérieur au préjudice estimé, ne pourrait plus travailler pour des compagnies cotées en Bourse. Andersen va faire appel.

enronetandersen © INTERNE

Le verdict est tombé samedi, après dix jours de délibérations : Andersen est coupable d'obstruction à la justice dans l'enquête Enron. Les arguments des avocats du cabinet d'expertises comptables n’auront pas réussi à convaincre le jury fédéral de Houston. A l’automne dernier, la firme Arthur Andersen avait admis la destruction de plusieurs milliers de documents comptables d'Enron, alors que le courtier en énergie était visé par une enquête de la Securities and Exchange Commission (SEC). Une destruction que les avocats ont tenté de présenter comme une procédure normale, sans nul lien avec l'enquête en cours...

Le verdict rendu samedi ne prévoit aucune peine de prison. Mais il n’en est pas moins catastrophique pour la firme, passible d'amendes pouvant aller jusqu'au double du préjudice estimé par le juge. De plus, le cabinet Arthur Andersen ne pourra plus travailler pour des compagnies cotées en Bourse. Andersen a immédiatement réagi par un communiqué, affirmant que "le jury n'a pas été autorisé à connaître toute la vérité à propos de ce qui s'est passé durant l'automne dernier, en raison des actions du département de la Justice durant ce procès", et accusant les autorités de "responsabilité vis-à-vis du public dans l'inculpation d'une compagnie de 26.000 personnes innocentes". Le cabinet Andersen a aussi annoncé son intention de faire appel. Mais il en faudra plus, beaucoup plus pour rétablir la confiance des entreprises vis-à-vis du cabinet d'expertises comptables, qui a déjà vu nombre de ses principaux clients lui échapper...

Du scandale Enron au scandale Andersen

A l'origine de ce coup terrible qui frappe le cabinet Andersen : la faillite du géant américain de l'énergie Enron. Enron, qui était devenu ces dernières années la 7e entreprise américaine avec un chiffre d'affaires annuel dépassant 100 milliards de dollars avait été placé en redressement judiciaire le 2 décembre 2001 - début d'une affaire retentissante qui devait voir l'effondrement de l'empire Enron et le licenciement de 21.000 employés, sur fond de scandale financier. Le "gendarme" de la Bourse, la SEC, à qui incombe la surveillance et la réglementation des marchés, avait alors été chargé de déterminer comment Enron, dont le cabinet Andersen supervisait les comptes, avait pu entériner ce qui apparaissait déjà comme des artifices de comptabilité. Sur le "scandale Enron" est alors venu se greffer le "scandale Andersen", qui a révélé les pratiques comptables pour le moins acrobatiques de nombreux professionnels de l'audit. Avec pour conséquence une crise de confiance durable dans les comptes des entreprises...

Le jugement de ce samedi devrait accélérer la chute du cabinet Andersen et pourrait même signifier son arrêt de mort : l'entité américaine d'Arthur Andersen assiste impuissante, depuis des mois, à l'hémorragie de son carnet de clientèle. La compagnie a perdu quelque 10.000 employés et environ 600 clients, et a vu ses honoraires réduits d'un milliard de dollars depuis le 1er mars. Plusieurs centaines de partenaires - sur un total de 1.700 formant le réseau Andersen aux Etats-Unis - sont déjà partis à la concurrence, emmenant avec eux une bonne partie de leur clientèle.

Photo AFP : John Olson, Thomas Bauer, Associés gérants de Arthur Andersen. Jeffrey McMahon President de Enron. Jordan Mintz / Dr juridique de Enron prêtent serment devant la commission d'enquête du congrès à Washington.

Par F.L. le 17 juin 2002 à 09:00
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