© AFPDe passage mardi à Paris, le sous-secrétaire américain au Trésor, John Taylor, a distribué les bons points. A son propre Exécutif et aux pays partenaires de Washington. "La reprise américaine est sur les rails", a-t-il déclaré. "Elle se propage", a-t-il ajouté, citant le Canada, le Mexique et le Japon. "L'Europe est en train de rebondir", a-t-il poursuivi, flatteur, même si "le premier trimestre n'a pas été aussi fort qu'aux Etats-Unis" où la croissance a atteint 5,6%.
Il n’y a peut-être pas de quoi pavoiser. Tout d’abord - John Taylor le reconnaît lui-même-, ce très bon résultat est dû au fait que les entreprises ont beaucoup tourné pour reconstituer les stocks vidés par le récent ralentissement économique. Sans cet effet mécanique, la croissance au premier trimestre aux Etats-Unis aurait sans douté avoisiné les 2%. Ce qui reste plus qu’honorable.
Nouvelles technologies délaissées
Surtout, la politique menée par l’administration Bush, si elle est maintenue dans les mois à venir, peut mener à sa perte la première économie mondiale, comme le craint Patrick Artus, analyste chez CDC Ixis Capital Markets. Pendant les années Clinton, la machine américaine était tirée par les nouvelles technologies. Grâce à elles, la productivité s’est accrue dans l’industrie mais aussi dans la distribution et les services aux entreprises.
Politique clientéliste
Les Démocrates, contrairement aux idées reçues, ont fermé le robinet des dépenses publiques et ont accumulé des excédents budgétaires importants. Les taux d’intérêts ont diminué ce qui a stimulé les dépenses. Par ailleurs, l’exécutif a maintenu le dollar à un haut niveau, empêchant les prix de s’emballer et favorisant les importations.
"Tout change avec l’arrivée de l’administration Bush, davantage intéressée par la situation de ses électeurs traditionnels", constate Patrick Artus. Depuis son élection, W distribue l’argent public en faveur des équipements militaires et des secteurs traditionnels de l’économie : plan de soutien aux agriculteurs, mesures protectionnistes en faveur de l’acier et baisses d’impôts stimulant la construction et l’achat de biens de consommation.
En dopant artificiellement les ventes de la grande distribution, des constructeurs de voitures ou des agriculteurs, George Bush n’incite pas ces secteurs à se moderniser en pariant sur les nouvelles technologies. Les investissements vont se tarir, d’autant que les taux d’intérêt, trop élevés, incitent plutôt à l’épargne.
Les investisseurs étrangers vont peu à peu se détourner des Etats-Unis où leur argent est utilisé non plus pour soutenir le développement des entreprises Hi Tech mais pour financer les dépenses des ménages et les déficits publics. Ce désintérêt se traduira par une baisse du dollar et des pressions inflationnistes. Les Etats-Unis écouleront d’autant plus de voitures et d’acier mais leur industrie de haute technologie n’en tirera aucun profit.
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Le repli sur soi, l’investissement dans l’armement, ce sont les réflexes d’un économie en état de guerre, estiment certains analystes. "Pas du tout, rétorque Patrick Artus, car cette tendance est antérieure au 11 septembre et risque de durer aussi longtemps que les Républicains seront au pouvoir".
Le problème est, pour l’analyste de CDC Ixis, que "les niveaux d’endettement, des ménages comme des entreprises, sont adaptés à une anticipation de croissance forte " et qu’ "il en est de même de la valorisation des actions". Si la croissance réelle est plus faible, tout le château de carte s’écroule et le pays risque d’entrer en récession.
Le modèle européen, si tant est qu’il en existe un, a consisté à créer des emplois, même peu qualifiés, en sacrifiant une partie de la croissance et les excédents budgétaires. En France, la réduction du temps de travail a renforcé le déclin de la productivité. Selon Patrick Artus, les Européens ne peuvent pas continuer dans cette voie si, comme ils le clament, leur objectif est une croissance de 2,5% à 3%. "En caricaturant, c’est soit le plein emploi, soit les gains de productivité ", explique le spécialiste. "Si l’on veut aider l’emploi, il faut monter en gamme dans le choix de la cible et, dans cette hypothèse, la réduction d’impôts sur les salaires plus élevés n’est pas une aberration ", poursuit Patrick Artus. De la sorte, on favorise les emplois qualifiés dont la productivité est supérieure à la moyenne nationale. |
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