Worldcom ou le syndrome Enron

Par Philippe MATHON, le 27 juin 2002 à 10h36 , mis à jour le 26 juin 2002 à 10h50

Deuxième opérateur de téléphonie longue distance aux Etats-Unis, Worldcom a limogé mercredi son directeur financier, accusé d’avoir commis des irrégularités comptables d'un montant proche de quatre milliards de dollars en 2001 et au premier trimestre 2002.

worldcom ancien président Bernie Ebbers (d) © INTERNE

C’est l'un des plus gros scandales financiers de l'histoire des Etats-Unis. Quelques semaines après la retentissante faillite d’Enron, le courtier américain en énergie, c’est au tour de Worldcom, un autre géant américain, de connaître de grosses difficultés.

Le groupe américain de télécommunications a annoncé mardi soir la découverte d'irrégularités comptables portant sur un montant de 3,85 milliards de dollars (soit autant d’euros) en 2001 et au premier trimestre 2002. Devançant les critiques et la polémique qui ne devraient pas tarder à enfler, le nouveau pdg de WorldCom, John Sidgmore (nommé le 29 avril dernier à la suite de la démission de l'ancien président Bernie Ebbers), s’est dit "choqué par ces découvertes". "Nous nous engageons à gérer WorldCom en respectant les normes éthiques les plus élevées", a-t-il ajouté dans un communiqué. Conséquence immédiate : le directeur financier a été immédiatement licencié, tandis que le vice-président et le contrôleur de gestion décidaient de prendre les devants en quittant la société.

 Restructuration tous azimuts

Comme pour l’affaire Enron, les dégâts humains s’annoncent très rudes chez Worldcom. Le groupe devrait réduire ses effectifs de 17.000 salariés afin de réduire ses pertes. Au final, c’est une immense cure d’austérité qui a été déclenchée au sein de la société : efforts de restructuration, diminution des dépenses d'investissement et vente des actifs non principaux. Un plan de rigueur qui se veut rassurant pour les clients du groupe. "Je veux assurer nos clients et nos employés que la société reste viable et attachée à un avenir à long terme", a affirmé M. Sidgmore.

Dans cette affaire, les rapprochements avec l’épisode Enron ne s’arrêtent pas là. Une fois encore, c’est le cabinet d'audit Arthur Andersen qui est au cœur du scandale. Après avoir été reconnu coupable d'entrave à la justice dans l'affaire de la faillite du géant pétrolier pour avoir détruit des documents liés à la comptabilité du groupe, le cabinet avait également audité les comptes de WorldCom en 2001 et au début 2002. Négligences ? Andersen s’est attaché à balayer immédiatement les critiques en accusant le directeur financier de WorldCom de lui avoir caché des "informations importantes".

Toujours est-il que la réaction du nouveau patron de Worldcom n’a pas tardé : Arthur Andersen a été remplacé le mois dernier par un concurrent, KPMG. Celui-ci aura la rude tâche d'entreprendre "un audit complet" des comptes financiers pour 2001 et 2002. De son côté, un ancien responsable de la Commission des opérations boursières (SEC) conduira "une enquête indépendante" sur toutes les irrégularités comptables découvertes. George W. Bush, qui a jugé l'affaire "scandaleuse", a confirmé que cette enquête s'ouvrirait prochainement.

Photo AFP : l'ancien président de Worldcom, Bernie Ebbers (à droite), à l’origine du scandale.

Par Philippe MATHON le 27 juin 2002 à 10:36
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