© INTERNEJulien Dourgnon, chargé de mission en commerce et nouvelles technologies à l’UFC - Que choisir
tf1.fr : Le règlement européen adopté mercredi sur le commerce et la réparation automobile est-il une bonne nouvelle pour les consommateurs européens ?
Julien Dourgnon (chargé de mission en commerce et nouvelles technologies à l’UFC - Que choisir) : L’objectif de ce règlement est d’harmoniser les prix hors taxes des voitures, de désegmenter les marchés qui sont aujourd’hui largement nationaux et, à terme de construire un marché européen. Pour une même voiture les écarts de prix entre les quinze pays de l’Union européenne peuvent être très importants (jusqu’à plus de 35% sur les petits modèles, selon les relevés de prix de la Commission ndlr). Dans certains pays, les consommateurs vont vraiment en bénéficier, dans d’autres beaucoup moins. Globalement en France, les prix devraient baisser.
tf1.fr : Quel est l’avantage de la clause de localisation pour le consommateur ?
Julien Dourgnon : C’est le point essentiel de ce nouveau règlement. La clause de localisation permet à un distributeur de voitures d’avoir un magasin dans une région mais aussi d’ouvrir des succursales dans d’autres zones. Concrètement un concessionnaire à Marseille pourra ouvrir des points de livraisons à Tours même s’il y a déjà un concessionnaire pour la même marque à Tours. Un habitant de Copenhague pourra très bien acheter sa voiture auprès du concessionnaire de Marseille et la récupérer dans la succursale de sa ville s’il en existe une. Cette mesure devrait permettre de faire jouer la concurrence et donc, à terme de baisser les prix. Le risque en revanche est d’assister à une concentration des distributeurs et de voir disparaître les plus petits d’entre eux.
tf1.fr : Le règlement prévoit aussi qu’un même concessionnaire pourra vendre plusieurs marques de voitures. Cela aura-t-il un effet sur les prix ?
Julien Dourgnon : Jusqu’à présent, les constructeurs entretenaient des rapports privilégiés avec leur réseau de concessionnaires et avaient la maîtrise des prix. Si les distributeurs s’organisent et grossissent, ils auront plus de poids sur les constructeurs et pourront faire baisser les prix. A l’UFC-Que Choisir, nous considérons que le vendeur est un conseil au client. Or, il est probable qu’à l’avenir, un vendeur essaie d’abord de vendre une voiture sur laquelle sa marge sera plus forte. Le " multimarquisme " pose le problème de la neutralité du vendeur.
tf1.fr : Le texte ne franchit toutefois pas la limite de permettre à la grande distribution de vendre des voitures.
Julien Dourgnon : Les constructeurs peuvent en effet refuser de vendre leurs voitures à des grandes surfaces. En revanche, les concessionnaires, eux, peuvent le faire. Si un petit distributeur a des invendus, il peut préférer baisser sa marge et revendre son lot de voitures à Auchan. Le risque selon nous c’est que la grande surface vende la voiture et le crédit pour l’acheter sans vraiment faire d’étude de solvabilité du client. Avec, en toile de fond, le problème du surendettement.
tf1.fr : Y’a-t-il d’autres avancées pour les consommateurs européens ?
Julien Dourgnon : Oui. Les distributeurs ne seront plus obligés de passer par les constructeurs pour commander des pièces détachées mais pourront s’adresser directement aux fabricants comme Valeo ou Bosch. Le prix des pièces sera forcément moins cher et si la concurrence joue, le consommateur sera gagnant.
La réforme de la distribution automobile, critiquée par l'industrie automobile, a été adoptée par consensus au sein du collège des commissaires mercredi. |
Tableau comparant les prix de 3 modèles de voitures dans les 15 pays de l'UE en page 2
![]() NB : Le Danemark, la Suède et la Grande-Bretagne ne font pas partie de la zone euro- |
Infographie réalisée par Mathieu Le Gall
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