Naufrage de Vivendi Universal

Par Gérard RANSAY, le 02 juillet 2002 à 14h35 , mis à jour le 01 juillet 2002 à 07h36

Démission de Jean-Marie Messier, mauvaise notation par l’agence financière Moody’s, révélations sur une éventuelle manipulation des comptes en 2001 : Vivendi Universal a vécu un mardi tourmenté. A Paris, l'action a chuté de 25,52%.

trader bourse déprime © INTERNE

Le départ de Jean-Marie Messier, annoncé dans une interview au Figaro, n’est pas encore effectif  (il sera entériné mercredi lors du Conseil d'administration) qu’une série de mauvaises nouvelles a fait plonger le titre Vivendi Universal à la bourse de Paris. Résultat : l'action, après avoir chuté de plus de 40% à la mi-journée, a finalement clôturé à 17,80 euros, soit une baisse de 25,52%

A la suite de la dégradation de la note de sa dette au rang "d'obligations pourries" (junk bonds) par l'agence de notation financière Moody's, l'action VU avait été réservée à la baisse dès l'ouverture. Ce classement, rare pour un groupe d'une telle taille, signifie que prêter de l'argent à VU devient très risqué, et se traduit automatiquement par un renchérissement du coût des emprunts, alors que la seule maison mère a une dette de 19 milliards d'euros.

VU aurait tenté de manipuler ses comptes en 2001

Autre raison de la chute : selon le quotidien Le Monde, Vivendi Universal aurait tenté de manipuler ses comptes 2001 avec l'aide de ses cabinets d'audit, mais l'opération aurait été empêchée par la Commission des opérations de bourse (COB). VU aurait sciemment sorti de sa comptabilité, une opération de cession de 400 millions d’actions BSkyB à l’automne 2001, enfreignant ainsi les règles comptables en vigueur. Ce tour de passe-passe financier de 1,5 milliard d’euros, aurait permis à Vivendi Universal (VU) d’afficher des bénéfices à la place de pertes. Là ou l’affaire se corse, c’est que ce serait le cabinet d'audit Andersen, qui aurait été chargé d’organiser cette opération financière. Le Monde affirme avoir "eu connaissance d'une note du cabinet Andersen, en date du 9 février, qui valide ce montage".

Selon ce document, le montage du cabinet Andersen "était une présentation ultra sophistiquée, de la très belle ouvrage financière" permettant à VU "de bénéficier tout à la fois des avantages comptables français, des avantages comptables américains et des avantages fiscaux britanniques". "Aux Etats-Unis, cette présentation aurait peut-être pu être admise mais elle était parfaitement incompatible avec nos règles", a expliqué la COB. Ce mépris des règles aurait "choqué certains des spécialistes du dossier", notamment le chef de la doctrine du cabinet d'audit Salustro, qui travaille également pour VU.

Toujours selon Le Monde, à la suite de remontrance de la COB, le PDG de VU, Jean-Marie Messier, et le directeur financier du groupe, Guillaume Hannezo, "protestent très énergiquement auprès celle-ci". M. Messier réclame des sanctions contre le chef de la doctrine du cabinet Salustro. Mais VU "n'a d'autres choix que de se soumettre et de consolider", alors que les deux plus hauts dirigeants de la COB "font savoir à M. Messier que s'il n'accepte pas la décision, le collège de la COB sera saisi", ce qui informerait toute la place de Paris du montage irrégulier.

Vivendi réplique, la COB aussi

Quelques heures après la parution du Monde, VU a affirmé  dans un communiqué avoir strictement respecté les règles comptables tant françaises qu'américaines lors de la vente de sa participation dans BSkyB. Quelques minutes après ce communiqué, c'est la COB elle-même qui est montée au créneau pour confirmer être intervenue auprès de VU à propos du traitement de ses comptes 2001. "Les comptes consolidés du groupe au 31 décembre 2001 établis selon les normes françaises, qui sont sur ce point plus exigeantes que les normes américaines, n'ont effectivement pas pris en compte la plus-value afférente à cette opération, pas davantage que son impact favorable sur la dette du groupe Vivendi" a indiqué la COB dans un communiqué. "Ce traitement comptable diffère de la présentation d'abord envisagée par le groupe Vivendi Universal. Il fait suite à des échanges entre ce groupe, ses commissaires aux comptes et la COB, sur lesquels cette dernière a pour règle de ne faire aucun commentaire", a-t-elle ajouté.

L’avenir du groupe Vivendi Universal en tant que tel, semble de plus en plus incertain, car la chute terrible de la valeur de ses actifs rend périlleuse le règlement de la dette colossale de VU. "Quoi qu'il se passe, une chose est sûre: des actifs devront être vendus pour se procurer des fonds", observent les analystes de KBC Securities à Paris. "Les désinvestissements ne seront pas faciles à réaliser et les négociations promettent d'être ardues." Déjà en Italie la société de Rupert Murdoch, News Corp, souhaite renégocier le prix d’achat de Telepiu, la chaîne de TV par satellite de VU dans la péninsule.

Photo d'ouverture : AFP / Trader

Par Gérard RANSAY le 02 juillet 2002 à 14:35
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