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tf1.fr: Quand avez-vous décidé de lancer votre propre entreprise ?
Patrick Beauchet-Filleau : Ca faisait longtemps que l’envie de lancer mon entreprise me trottait dans la tête. J’avais déjà eu plusieurs idées mais elles ne s’étaient pas concrétisées. Un jour, j’ai rencontré un type qui commercialisait un scanner permettant la numérisation des livres. Je lui ai suggéré qu’il serait intéressant de proposer à des sociétés de numériser pour elles leurs archives. Il a dit ‘banco’, m’a loué plusieurs de ses scanners et des locaux où m’installer.
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P.B.-F.: Je travaillais depuis dix ans comme commercial chez Xerox. C’était déjà dans le domaine du papier. J’ai pris un congé sabbatique de 24 mois à l’issue duquel j’aurais pu retrouver mon poste en cas de pépin. Comme salarié, je travaillais déjà beaucoup et, paradoxalement, j’éprouvais plus de stress que maintenant. On me fixait des objectifs de chiffres d’affaires mais je n’avais pas la maîtrise sur tous les maillons de la chaîne.
tf1.fr: Quelles furent les principales difficultés au début ?
P.B.-F.: L’Etat vous demande de payer alors que vous n’avez encore aucune rentrée. Vos impôts, les allocations familiales, l’inscription à la crèche pour les enfants, tout est calculé sur vos revenus de l’année précédente, quand vous étiez salarié. Pire l’Urssaf vous réclame 40.000 francs (6097,96€) de manière forfaitaire. Avec le dépôt des statuts, l’achat du matériel de base, etc, j’avais dépensé 250.000 francs (38.112,25€) les six premiers mois sans avoir rien gagné ou presque. Autre difficulté, la paperasse administrative, surtout la première année, quand vous n’avez pas l’expérience.
tf1.fr: Avez-vous dû vous endetter ?
la folie des start up mais nous avons toujours pris
garde d’y résister"
P.B.-F.: Non, j’ai apporté une partie du capital et mon associé, un ancien collègue de Xerox, le reste. Par ailleurs, j’avais négocié avec mon ancien employeur le maintien de mon salaire pendant six mois. Heureusement, mon épouse travaillait et je savais que je pouvais compter sur elle. Ma qualité de vie a baissé car quand vous travaillez le soir et le week-end, vous allez moins au cinéma, au théâtre ou au restaurant. Aujourd’hui, deux ans et demi après le lancement, ça va mieux mais il s’écoulera encore la même période avant de pouvoir savourer pleinement mon nouveau statut.
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P.B.-F.: L’idée de créer une entreprise moi-même. C’était surtout l’occasion de concilier ma profession avec mon goût pour les vieux bouquins. J’étais emballé à l’idée de préserver toute une mémoire menacée par le temps, l’humidité, les rats, et de la rendre accessible au plus grand nombre. Notre entreprise est née pendant la folie des start up mais nous avons toujours pris garde d’y résister. Nous restons parcimonieux sur les dépenses et maîtrisons notre développement. Notre chiffre d’affaires double chaque année et devrait atteindre entre 1,5 et 2,3 millions d’euros en 2004.
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