La crise ivoirienne menace la filière du cacao

Par Gérard RANSAY, le 30 septembre 2002 à 07h00 , mis à jour le 27 septembre 2002 à 19h09

La crise que traverse actuellement la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, a propulsé les cours à leur plus haut, depuis 15 ans. Dans le cas où cette hausse se répercuterait sur les produits finis, 6 millions d’ouvriers et leurs familles en souffriraient.

cote d'ivoire ivoire guerre soldats afrique © INTERNE

Les acteurs ivoiriens de la filière cacao, dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial avec 40% de la production, sont suspendus à la crise politique et militaire qui secoue le pays depuis huit jours. A la Bourse du café / cacao (B.C.C, organisme chargé de fixer les prix), où l'on prépare la prochaine campagne, les langues, déjà liées d'habitude quand il s'agit de parler de ce "secteur stratégique", l'étaient encore plus dans cette période jugée "sensible" par l'ensemble des professionnels du secteur.

Un million de tonnes par an pour la Côte d’Ivoire

Avec plus d'un million de tonnes de cacao produites par an en Côte d'Ivoire, l'impact de la tentative de putsch s'était vite fait ressentir sur les marchés internationaux. Le 19 septembre, jour du déclenchement de la mutinerie, le prix du cacao était monté à Londres jusqu'à 1.490 livres la tonne, soit son plus haut niveau depuis 15 ans.

Vues de l’extérieur, ces péripéties des cours peuvent sembler négligeables, mais dans un pays où près de 6 millions de personnes vivent du cacao, cette flambée est vécue comme une véritable catastrophe nationale. Jeudi soir, sur le marché à terme de New York, "le contrat de décembre rapproché" a terminé à 2.152 dollars la tonne contre 2.120 dollars la tonne une semaine plus tôt. "Personne ne veut être à court sur ce marché qui considéré comme un secteur à haut risque", a indiqué Ann Predergast, analyste de Refco. Selon cette experte, la situation ne devrait pas se stabiliser à court terme.

Flambée des friandises et des tablettes de chocolat

Sur le terrain, la crise ne touche, pour l’heure, que les villes ivoiriennes, mais il suffirait qu’elle se propage aux campagnes, pour que les cours du cacao s’envolent de nouveau. Dans ce cas, les niveaux atteints

pourraient pousser les fabricants de bonbons, et autres gourmandises chocolatées à augmenter les prix de façon drastique. Et là, même si les Français (17 millions d'amateurs) ne sont pas les plus importants consommateurs de chocolat (7 kilos par an et par personne contre plus de 10 kilos pour les Suisses et les Britanniques), les répercussions seraient dramatiques pour toute la filière.

En dehors des friandises pour les particuliers, le chocolat occupe aussi une place importante dans l'industrie agroalimentaire française : plus de 400.000 tonnes par an (+33% en 10 ans) pour un chiffre d'affaires de 2,88 milliards d'euros en 2001. Les professionnels qui en vivent, depuis les planteurs en Côte d’Ivoire jusqu'aux distributeurs, en passant par les courtiers, se demandent avec angoisse de quoi l’avenir sera fait. Des centaines de milliers d’emplois sont à risque dans les plantations ivoiriennes. Le sort de plusieurs millions de personnes dépend désormais, directement, de la reprise des transactions sur le marché du cacao. En cas d'effondrement du marché, pour subsister, des Ivoiriens, mais aussi des centaines de milliers de ressortissants du Burkina Faso tout proche n'auraient plus que l'aide internationale comme ultime recours.

Les dirigeants ouest-africains réunis dimanche en sommet extraordinaire à Accra ont décidé d'envoyer une force de paix en Côte d'Ivoire pour s'interposer entre les troupes gouvernementales et les militaires rebelles qui contrôlent une partie du pays. Dans le même temps des négociations, entre les mutins et l'armée régulière ivoirienne, seraient en cours.

Par Gérard RANSAY le 30 septembre 2002 à 07:00
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