© INTERNEtf1.fr : Au cours du conseil d’administration de ce soir, France Telecom décidera peut être de faire appel aux marchés financiers, et de procéder à une augmentation de capital. Quel pourrait être l’impact de celle-ci pour les petits actionnaires ?
Colette Neuville, présidente de l’ADAM (association de défense des actionnaires minoritaires) : tout d’abord, permettez-moi de préciser qu’une augmentation de capital toucherait les actionnaires majoritaires comme les minoritaires. Dans les deux cas, elle aura une incidence négative immédiate sur le cours des titres. Que ce soit dans l’hypothèse basse envisagée par le gouvernement, une augmentation de 10 milliards d’euros, ou haute, 15 milliards, le nombre d’actions en circulation serait considérablement augmenté, ce qui pèserait mécaniquement sur la valeur des titres France Telecom. Concrètement cela signifie qu’on demanderait à des petits porteurs d’investir de nouveau sur des titres dont la valeur n’a cessé de diminuer depuis mars 2000.
Au-delà de cette baisse de l’action, les actionnaires actuels seraient "dilués", c’est à dire que le nombre de porteurs de titres augmente, et qu’ils sont beaucoup plus nombreux à se partager les droits (votes, dividendes etc..). La dilution engendrée par une augmentation de capital n’est pas forcément néfaste pour l’actionnaire, loin s’en faut. Si l’opération se passe bien et qu’elle donne un bol d’air financier à l’entreprise, c’est même une bonne chose pour un actionnaire, petit ou grand.
tf1.fr : quelle devrait être la position de l’état ?
C N : L’Etat devra assumer les responsabilités qui incombent à un actionnaire majoritaire. Durant des années il n’a cessé d’imposer des contraintes à la direction générale de France Telecom, notamment en ce qui concerne l’émission de nouveaux titres à des périodes cruciales de développement de l’entreprise. Résultat, l’opérateur s’est endetté à un niveau sans précédent, en puisant sur ses fonds propres. Entre 1999 et 2001 60 milliards d’euros ont été investis dans des rachats tous azimuts. Aujourd’hui France Telecom fait face à des frais financiers énormes, à une situation boursière très tendue et à une chute de ses recettes sur ses métiers traditionnels.
tf1.fr :
Si une augmentation de capital était décidée ce soir en conseil d’administration, les banques chargées de l’opération pourraient exiger une rémunération impliquant une décote de près de 50% sur le cours actuel de l’action France Telecom, est-ce normal ?C N : les banques sont des entreprises qui ont des comptes à rendre à des actionnaires, et à ce titre elles se prémunissent au maximum lors d’opérations de ce type. Quand une banque s’engage à garantir une émission, cela signifie en clair, qu’elle devra conserver tous les titres invendus si les investisseurs boudent l’augmentation de capital. Le risque est considérable surtout lorsqu’il porte sur des montants très importants comme dans le cas de France Telecom (10 à 15 milliards d’euros).
Encore une fois, la position de l’état, actionnaire de référence, majoritaire avec 55,5% de l’entreprise, sera prépondérante. S’il garantit cette opération, ce sera un signal fort aux marchés, et malgré la baisse inhérente à toute augmentation de capital, les financiers prendront en compte cet allègement de la dette, et l’action regagnera du terrain. Le vrai problème de France Telecom est que la perte de vitesse sur ses métiers de base a tari le flux de cash, vital pour supporter les frais occasionnés par une dette colossale, en attendant une embellie des marchés.
tf1.fr :
Quelle est la position de l’ADAM sur France TelecomC N : à ce jour nous ne sommes pas mandatés officiellement sur ce dossier. Nous répondons néanmoins de manière informelle aux actionnaires qui nous interrogent. Les décisions prises par le conseil d’administration de France Telecom ce soir seront essentielles et devraient faire réagir les petits actionnaires.Si L’ADAM est sollicitée par les actionnaires, elle agira en conséquence.
Photo AFP / Mme Neuville Présidente de l'ADAM (association de défense des actionnaires minoritaires)
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Publié le 10/09/2010
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