Les maladies du businessman

Par Matthieu DURAND, le 26 septembre 2002 à 07h00 , mis à jour le 25 septembre 2002 à 18h42

Mégalo, exalté, dépressif... Confronté à la solitude et au stress, l'entrepreneur est soumis à diverses pathologies.

emploi stress homme compressé © INTERNE

 
tf1.fr : Quelles pathologies peuvent affecter le chef d’entreprise ?

Alain Bloch (1) : On manque de statistiques mais la solitude, face à la prise de décision et à l’action, doublée d’un stress particulièrement fort — car l’entrepreneur joue son patrimoine et son honorabilité — sont susceptibles de générer diverses pathologies. L’exaltation, si elle est souvent bénéfique, notamment lors de la création de l’entreprise, l’amène à prendre des risques inconsidérés ou à ne pas écouter son entourage. La mégalomanie, associée à un narcissisme fort, peut le conduire également à des comportements dangereux et dispendieux pour l’entreprise — l’actualité récente en a fourni quelques exemples… Troisième grande pathologie : la dépression, qui frappe le chef d’entreprise à l’apparition des premières difficultés. J’ai été juge au Tribunal de commerce de Paris et j’ai assisté à des choses extravagantes. Certains entrepreneurs se retrouvaient par exemple dans un syndrome de déni de la réalité : ils n’ouvraient plus leur courrier par peur des mauvaises nouvelles.

tf1.fr : Face à ces difficultés, vous préconisez le recours au coaching…

"La législation
française est une
épée de Damoclès
qui vous dégoûte d’entreprendre"

A. B. : Aujourd’hui, le terme est un peu galvaudé mais agir sur la solitude, libérer le stress par la parole, cela joue un rôle décisif. Au tribunal de commerce de Paris, un dispositif sans caractère juridictionnel permettaient aux magistrats de recevoir les entrepreneurs en difficulté afin de les écouter ou de leur prodiguer des conseils. On sentait que le fait de se confier avait une vertu thérapeutique. Alors que 90% des entreprises qui déposaient leur bilan se retrouvaient mises en liquidation, celles dont l’entrepreneur avait participé à ces entretiens étaient pour la plupart mises en redressement. En France, le coaching a longtemps été associé à l’idée de défaillance mais les choses ont beaucoup évolué. Aujourd’hui, le coaching d’entrepreneur est comparé au coaching de sportif de haut niveau. Mais lorsqu'il s'agit de problèmes graves, le recours à un thérapeute est indispensable.

tf1.fr : Les chefs d’entreprise français sont-ils soutenus lorsqu’ils sont confrontés à ces difficultés ?

A. B. : Alors que dans les pays anglo-saxons, on considère un échec comme une blessure de guerre, en France, on le considère comme une infamie. La loi française est l’une des plus sévères au monde contre l’entrepreneur défaillant. Avant 1985, c’était au chef d’entreprise de faire la preuve qu’il n’était pas fautif lors d’un dépôt de bilan. Un de mes amis, qui est avocat d’affaires, m’a dit qu’il préférerait un an de prison ferme plutôt qu’une poursuite en comblement de passif. Il faut savoir qu’une faillite personnelle prive le chef d’entreprise de ses droits civiques, le rend interdit bancaire… C’est exorbitant ! Cette législation est une véritable épée de Damoclès qui vous dégoûte d’entreprendre. Il faut arrêter de prendre l’entrepreneur pour un surhomme qui n’a pas besoin de conseil et qui, s’il déchoit, est forcément malhonnête.

(1) Alain Bloch est professeur en marketing au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). Il a notamment écrit un article publié par Les Echos qui s'intitule : "Psychopathologies entrepreneuriales".

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Par Matthieu DURAND le 26 septembre 2002 à 07:00
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