Stratégies russes autour du brut

Par Gérard RANSAY, le 18 septembre 2002 à 07h00 , mis à jour le 17 septembre 2002 à 10h50

La crise irakienne a mis en lumière des négociations entre Moscou et Bagdad, portant sur près de 40 milliards de dollars. Les diplomates russes se démènent pour sécuriser leur approvisionnement en pétrole, se faire payer par l’Irak, et contrer les manœuvres occidentales autour du pétrole d’Azerbaïdjan.

poutine visite rfy 2 © INTERNE

Mardi, la volte-face de l’Irak qui a accepté la venue des inspecteurs de l’ONU a immédiatement poussé à la baisse le baril de brut. Si le département d’Etat américain doute, les spécialistes russes eux, se frottent les mains, car Moscou aurait négocié des accords économiques avec Bagdad portant sur plusieurs dizaines de milliards de dollars. Lundi, la France avait même mis en garde l'Irak, contre l'illusion qu'il pourrait entretenir d'une division de la communauté internationale à son égard, et rappelé à Moscou que cet accord ne pourrait être mis en œuvre, qu’après un retour effectif des experts en désarmement de l’ONU. Les spécialistes russes du pétrole savent qu’en jouant la carte irakienne ils prennent de gros risques. Mais le temps presse, car ils auraient tout à perdre d’un conflit entre les USA et l’Irak, qui mettrait le brut irakien à portée des grandes compagnies américaines. De plus, en dehors de la crise irakienne, l’exploitation du pétrole d’Azerbaïdjan par des groupes occidentaux constitue une nouvelle irruption dans la sphère d’influence de Moscou.

Le pétrole azerbaïdjanais ne passera pas par la Russie

Mercredi, les présidents azerbaïdjanais Heydar Aliev, géorgien Edouard Chevardnadzé, turc Ahmet Necdet Sezer, et le Secrétaire américain à l'Energie Spencer Abraham, creuseront une tranchée symbolique en Azerbaïdjan pour lancer les travaux de la construction de l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC). Ce projet pharaonique a le support enthousiaste de Washington, car pour la première fois, il permettra de transporter le brut d’Azerbaïdjan, vers un port turc, sans passer par un territoire sous contrôle russe.

La mer Caspienne, bordée par cinq pays riverains, recèle les troisièmes réserves mondiales de pétrole et de gaz, mais le transport de ses richesses était jusqu'à présent contrôlé par la Russie, les deux principaux oléoducs existants passant par son territoire. Le pipeline géant, capable de transporter un million de barils par jour, deviendra opérationnel au début 2005, et changera la donne dans la région.

Bakou : un futur Dubaï sans les Russes ?

Comme prévu, de hauts responsables à Moscou ont fustigé le projet d'oléoduc à Bakou, qu'ils disent trop cher pour être économiquement viable. Dans les milieux pétroliers internationaux, une hypothèse a circulé, selon laquelle les récentes menaces de Moscou de lancer des frappes dans le Nord de la Géorgie pour neutraliser des rebelles tchétchènes avaient pour objectif réel de bloquer le projet BTC. Si tout se passe bien, le BTC apportera des recettes conséquentes en Géorgie et en Azerbaïdjan, pays pauvres où le revenu moyen avoisine 50 dollars par mois. "Cet endroit deviendra un autre Dubaï quand le pétrole aura commencé à couler", assure un expert pétrolier basé à Bakou. En attendant, tous les intervenants du monde du pétrole, industriels, financiers, courtiers, retiennent leur souffle et observent les réactions américaines à la proposition irakienne.

Photo : M. Poutine président de la fédération de Russie

Par Gérard RANSAY le 18 septembre 2002 à 07:00
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