Pas sûr pour tous le paiement en ligne !

Par , le 29 septembre 2002 à 18h58 , mis à jour le 26 septembre 2002 à 19h17

Sans doute la vente sur Internet a-t-elle enrichi certains commerçants. D’autres y ont laissé des plumes, victimes de transactions frauduleuses. En France, les cybervendeurs attendent toujours un système vraiment sécurisé.

carte bleue © INTERNE

 
Un jour, un client de François Duclos l’interpelle. "Votre site de vente en ligne est bien fourni, vous pratiquez de bons prix mais il vous manque quelque chose", explique-t-il au jeune patron qui, depuis plusieurs mois, propose aux internautes d’acheter en ligne divers produits pour imprimantes. "J’en ai assez d’envoyer des chèques et d’attendre que vous les encaissiez pour recevoir ma commande, pourquoi ne proposez-vous pas le paiement en ligne ?", suggère l’acheteur.

Un peu sceptique, l’entrepreneur se rend chez son banquier pour y retirer le système qui lui permettra de procéder à des transactions en ligne par Carte Bleue. Le mécanisme, que propose encore la plupart des banques aujourd’hui, est le suivant : le client paie en laissant le numéro à 16 chiffres de sa carte bancaire ainsi que la date de validité de celle-ci. Dans les minutes qui suivent, il sait, ainsi que le commerçant, si la transaction est acceptée ou rejetée.

Virements précaires

Le client avait raison. En quelques mois, le business de François Duclos explose. Les commandes affluent de partout en France, et de l’étranger. Coup de téléphone du banquier : "Vous avez vu le chiffre Internet que vous avez fait ?Plus de 150.000 euros ! Si les cartes sont frauduleuses, on va boire le bouillon car vous n’êtes caution que pour 3800 euros !", prévient l’argentier.

Lors du paiement, la banque se limite à vérifier que la carte existe, qu’elle n’est pas en opposition et que le compte est solvable. Elle ne garantit pas que l’utilisateur de la carte en est aussi le titulaire. Et s’il s’avère que la carte a été volée, son propriétaire peut demander le remboursement du versement indu pendant plusieurs mois. Et qui paie ? Le commerçant.

"C’est vrai j’avais été victime de transactions malhonnêtes faites depuis l’Angleterre mais j’ai eu l’impression que dans l’esprit de mon banquier, tout achat fait à l’étranger était frauduleux : il a paniqué ", se souvient François Duclos. En effet, la banque débite le compte du commerçant de sommes importantes sous prétexte que les transactions Internet sont contestées. Surtout, elle fait ordonner en justice un saisie conservatoire d’un gros montant par précaution (lire la suite en page 2).


(Suite de la page 1)

 
La semaine dernière, un juge a ordonné à la banque de rendre à François Duclos une partie des sommes qu’elle avait ponctionnées sans justification. Mais pour le commerçant, le problème n’est pas réglé. D’abord, la saisie conservatoire et les débits ont fait plonger ses comptes dans le rouge. Il a été placé en interdit bancaire, n’a pas pu honorer ses factures et a perdu son crédit auprès de ses fournisseurs.

Ensuite, au-delà du cas d’espèce, François Duclos a appris à ses dépends que ce n’était pas tant le paiement que la transaction technique qui était sécurisée. "Ce n’est rien d’autre qu’un contrat de vente à distance, avec tous les dangers que cela pose", rappelle Arnauld Méric de Bellefon, responsable de Cyberplus, le système de paiement en ligne de la Banque Populaire.

Certaines banques, comme la Société Générale, proposent aux commerçants de contracter une assurance pour réparer ces malversations. Mais c’est un coût supplémentaire. A la Société générale, la couverture la plus faible coûte 285 € par an. Pour ce prix, d’autres services complètent l’offre, comme une information juridique en ligne, la prise en charge des frais de réexpédition si l’achat ne correspond pas aux attentes du clients, etc.

Réticences

Sans doute la solution est-elle celle proposée depuis plusieurs mois par SP Plus, la plate-forme de paiement en ligne des Caisses d'Epargne. Cet outil s’appuie sur la technologie 3D-Secure. Le commerçant ne doit plus rembourser les achats faits avec des cartes volées ou fausses, car la banque du client assume le risque.

Problème : le système, promu par Visa et bientôt MasterCard, ne concerne que les transactions internationales et non les paiements dans l’Hexagone. Pour des raisons techniques, affirment certains. Parce que certaines banques sont réticentes, disent d’autres. Les banquiers devront pourtant trouver une solution : les commerçants français réalisent environ 80% de leur chiffre d’affaire sur le marché domestique.

Par David Straus le 29 septembre 2002 à 18:58
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