Feta, au bon lait de brebis... grecques

Par , le 16 octobre 2002 à 17h05 , mis à jour le 15 octobre 2002 à 17h24

La décision de la Commission européenne de réserver l'appellation "Feta" au seul fromage produit en Grèce inquiète les producteurs français. Ils espèrent que la France va déposer un recours auprès de la Cour européenne de Justice.

feta fromage grec © INTERNE

" Une décision grave de conséquences économiques et sociales pour nous ", a déclaré Jacques Bernat, président de la Confédération générale des producteurs de lait de brebis. Lundi, la Commission européenne a donné raison aux Grecs sur un litige ancien, celui de la feta. L’appellation " feta " est désormais réservée au seul fromage de brebis produit dans certaines régions de Grèce. Les autres pays de l’Union européenne producteurs de ce fromage frais disposent de cinq ans pour modifier leur dénomination.

Hormis la Grèce, les plus gros producteurs de Feta en Europe sont le Danemark, l’Allemagne avec chacun 60 000 tonnes de fromage par an, puis la France avec près de 14 000 tonnes. Les deux premiers la fabriquent en partie ou essentiellement avec du lait de vache alors que la production française est quasiment exclusivement faite à partir de lait de brebis. 85% de la production française sort de l’usine de Massegros, filiale de Caves de Roquefort (Lactalis) dans le sud de la France. Leurs 2400 producteurs de lait de brebis ne font pas uniquement de la feta mais cela représente quand même 25% de leur production.

Feta française, non, Feta australienne oui ?

Que faire, changer de nom ? Trouver un autre débouché ? Changer de nom, cela implique un plan marketing très coûteux, pour un produit que l’on vendra forcément moins cher que celui que l’on prendra pour la véritable feta ", estime le président de la Confédération, lui-même producteur de lait de brebis. Il est en revanche possible de transformer ce lait en poudre de lait " mais cela rapporte trois francs de moins par litre de lait ".

Les producteurs grecs, eux, sont ravis. Ils vont être "les principaux bénéficiaires car le lait qu'ils produisent sera écoulé plus facilement et sera utilisé pour la production de feta", s'est félicitée l’Union des industriels grecs de produits laitiers (Sevgap), et "l'industrie laitière pourra augmenter les exportations de feta dans le monde entier, produisant en exclusivité dorénavant un produit internationalement reconnu et qui ne connaîtra pas de concurrence illégale". Pas si sûr pourtant. Car si l’Allemagne, le Danemark et la France devront trouver un autre nom à leur fromage, l’Australie, les Etats-Unis, la Bulgarie et la Turquie, également producteurs de feta, pourront continuer à vendre leur fromage sous la dénomination protégée, la règle européenne ne s’appliquant pas à eux.

Les producteurs français souhaitent aujourd’hui que l’Etat dépose un recours auprès de la Cour européenne de Justice en espérant que la procédure et le jugement interviendront avant le délai des cinq ans.

Par Sophie Lutrand le 16 octobre 2002 à 17:05
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