L’homme n’est pas une machine à acheter

Par DjS, le 10 octobre 2002 à 14h24 , mis à jour le 10 octobre 2002 à 15h25

Les deux économistes américains nobelisés mercredi ont démontré par leurs expériences en laboratoires et leur étude du comportement que l’homme n’est pas un être économique tout à fait rationnel ou cynique mais qu’il se montre parfois altruiste, sinon stupide.

[Expiré] [Expiré] Daniel Kahneman et Vernon Smith économie Nobel (AFP) © AFP

Daniel Kahneman est professeur de psychologie à Princeton. Toute sa vie, il s’est intéressé au fonctionnement du cerveau, à ses méandres. Quand les économistes assènent que l’homo œconomicus est guidé dans tous ses comportements par une rationalité irréprochable, Kahneman doute.


Daniel Kahneman - AFP
 

S’il est tellement pragmatique, pourquoi l’homme moderne se dit-il prêt à prendre sa voiture, affronter les embouteillages, rouler vingt minutes pour payer 10 € une calculette vendue à peine 5 € de plus, à deux pas de chez lui ? Parce que l’économie en vaut la peine ? Peut-être.

Mais, alors, pourquoi les études montrent-elles que le même individu renonce à se déplacer pour épargner les mêmes 5 euros, en allant acheter à l’autre bout de la ville une veste vendue 120€ au lieu de 125 ? Pourquoi se laisse-t-il séduire par son banquier lui vantant les mérites de telle ou telle action alors qu’il lit tous les jours dans les médias que l’économie mondiale se dégrade ?

A la louche

"Il m’a fallu des années, expliquait hier le professeur israélo-américain, pour comprendre que les manuels d’économies se trompaient, et que les gens que j’interrogeais avaient raison". Comme toute activité humaine, le comportement économique n’est pas toujours rationnel et égoïste. Souvent, l’homme est incapable d’analyser la situation et se contente d'estimations à la louche, en particulier lorsqu'il est confronté à des incertitudes, démontrent les travaux de Kahneman et de Amos Tversky, son collègue décédé en 1996.


Vernon Smith - AFP

Vernon Smith est professeur d’économie à George Mason University en Virginie. Toute sa vie, il s’est s’intéressé au fonctionnement du marché, à sa prévisibilité. La théorie de l’homo œconomicus rationnel, il l’a éprouvée et l’a même confirmée au début de sa carrière.

Pour la recherche

En 1962, le professeur réunit des étudiants, des collègues et des hommes d’affaires pour recréer en laboratoire un petit monde économique parfait. Les uns jouent aux acheteurs, les autres aux vendeurs. Conclusion : l’expérience en laboratoire confirme la théorie de la rationalité.

En 1988, Smith reproduit son expérience. Cette fois, il remplace les biens de consommation par des obligations et des actions. Et, là, surprise : ses cobayes surestiment complètement les actifs financiers, faisant mentir toutes les lois de l’efficience financière.

D’autres travaux sur le mécanisme des enchères influenceront certains gouvernements lors de la libéralisation des secteurs de l'électricité ou lors de l’attribution de licences de téléphonie. Fidèle à sa théorie, Smith a été assez irrationnel pour annoncer mercredi qu’il reverserait à la recherche sa part du prix Nobel, soit un demi million d’euros.

Par DjS le 10 octobre 2002 à 14:24
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