Loïc ou les déboires d'une "grande gueule"

Par , le 15 octobre 2002 à 17h36 , mis à jour le 14 octobre 2002 à 17h48

Pour ce syndicaliste de toujours, la "mise au placard" est une expérience honteuse. N'arrivant pas à en parler, il avait commencé à mentir, à s'inventer un monde... avant de réagir.

placard placardisé tiroir travail © INTERNE

Avant de reprendre pied et de créer son association de lutte contre le harcèlement moral, Loïc

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Scoarnec a touché le fond. "J’ai pâti du fait d’être une ‘grande gueule’ comme on dit". Au moment des faits, Loïc a 26 ans d’ancienneté dans sa société, une banque… et 25 d’action syndicale. Alors qu’il aurait dû prendre la tête du service multimédia, il découvre que quelqu’un a été engagé à sa place. " Du jour au lendemain, plus un coup de fil, plus une note de service, les collègues commencent à s’éloigner et pour les nouveaux, vous êtes le ‘grand Satan’ ".

C’est la descente aux enfers : " je regardais les autres s’agiter parce que eux avaient quelque chose à faire et au bout de quelques semaines, je me suis vu mendier du travail. La honte s’installe et on commence à mentir, à s’inventer un monde ", se souvient Loïc. Inventer pour sauver la face. " Allez dire à votre femme que vous êtes au placard ! ".

Difficile de tourner la page

La situation dure, dure et puis un jour, il a le déclic. Loïc Scoarnec réalise qu’il n’a rien fait d’autre que son travail et y compris celui de représentant du personnel que l’on semble lui reprocher. Il se rebiffe.

Aujourd’hui, il est toujours salarié de la banque, au placard depuis quatre ans mais ne se rend plus sur son lieu de travail. " Ce serait de la provocation pour mes collègues ", estime-t-il. Il y a quatre ans, il a créé une association de lutte et de prévention contre le harcèlement   Harcèlement moral stop (HMS). Elle compte 900 adhérents et l’ancien placardisé de 53 ans anime des formations auprès de salariés de grands groupes comme La Poste. Pourquoi alors continuer le bras de fer avec la banque et ne pas tourner la page ? " Parce qu’ils ont foutu en l’air ma carrière professionnelle et que je n’en ai pas fini avec ceux qui m’ont fait ça ", s’emporte-t-il.

Par Sophie Lutrand le 15 octobre 2002 à 17:36
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