Pascale ou les "pots cassés" d'une fusion

Par , le 15 octobre 2002 à 17h22 , mis à jour le 14 octobre 2002 à 17h34

Ingénieur passionnée par son travail au point d'en oublier sa vie privée, Pascale a fait les frais d'un rapprochement de services. Son nouveau boss lui mène la vie dure et lui retire petit à petit tous ses dossiers... une seule issue, la fuite.

placard placardisé femme t-shirt © INTERNE

Après dix ans de bons et loyaux services dans une société de gestion d’eau et d’environnement, Pascale,

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coupe garçonne et allure sportive, a dû se résoudre à partir. Pourtant, cette ingénieur hydro-géologue de 41 ans, avait tout sacrifié à un travail qui la passionnait : famille, week-end… " Les sept premières années, c’était un vrai plaisir d’aller travailler, on travaillait tard le soir mais il y avait une très bonne ambiance entre nous, nous nous aidions les uns les autres ", confie Pascale.

La situation s’est sensiblement dégradée à la fin de l’année 1999 lorsque son service et un autre ont fusionné. Dans le premier, des personnes ayant entre 3 et 17 ans d’ancienneté, dans le second, des jeunes fraîchement embauchés, " dirigés par un chef aux dents longues ". C’est ce dernier qui a pris la direction de la nouvelle entité. Plus âgée et plus expérimentée que lui, Pascale estime qu’il a " réagit par la peur " et a voulu montrer que c’était lui le chef.

Au bout d’un an,
Pascale ne dort plus,
va travailler à reculons
et n’arrive plus
à se concentrer
sur ses dossiers :
" C’était un cercle vicieux :
je savais qu’il m’attendait
au tournant ".

Peu après sa nomination, il la décharge d’un dossier à La réunion auquel elle tenait, il met fin aux réunions de services qui permettaient de faire circuler l’information, refuse de l’impliquer dans les affaires commerciales comme elle en avait fait la demande et tente même de récupérer un gros contrat sur lequel elle travaillait. Sans compter les petites vexations : " dire bonjour à tout le monde sauf à elle, ne pas répondre à ses questions, ne pas la regarder dans les yeux quand elle lui parle et surtout ne pas accepter de parler de leurs problèmes relationnels. " Il n’y avait pas de problème selon lui ".

Au bout d’un an, Pascale ne dort plus, va travailler à reculons et n’arrive plus à se concentrer sur ses dossiers : " C’était un cercle vicieux : je savais qu’il m’attendait au tournant ". Un jour, elle s’effondre en larmes. Au retour d’un arrêt maladie, elle décide de prendre la situation en mains… et de partir. Aujourd’hui, elle a retrouvé un emploi : " Quand je pense à cette période, je comprends que je ne suis pas passée loin de la dépression, j’avais vraiment des idées sombres… ". Pourtant, elle n’arrive pas encore à tourner la page, se tient informée des changements au sein de son ancien service. " Des seize que nous étions, il n’en reste plus qu’un ". " Ma profession était ma passion. Ce genre d’expérience fait relativiser l’implication dans une entreprise, je ne le referai plus ", explique-t-elle.

Photo : photomontage réalisé par Arnaud Pham-Gia

Par Sophie Lutrand le 15 octobre 2002 à 17:22
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