La seule issue, quitter l'entreprise ?

Par Sophie LUTRAND et Alexandra GUILLET, le 21 octobre 2002 à 17h58 , mis à jour le 14 octobre 2002 à 18h12

Il n'est pas rare de rencontrer des personnes mises au placard depuis plusieurs années. Comment alors se sortir d'une situation devenue insupportable ? Vers qui se tourner ?

placard placardisé bureau homme téléphone © INTERNE

Que faire, comment réagir quand la situation devient intenable ? Les collègues et connaissances des placardisés leur posent souvent la même question : " Si cest si terrible, pourquoi ne démissionnes-tu pas ? ". Partir, cest donner raison à ceux qui vous ont mis dans ce placard. Se battre, cest se risquer à un long bras de fer souvent déséquilibré : le fameux pot de terre contre le pot de fer. Se tourner vers les autres ? Mais alors vers qui ?

Privilégier la solution interne

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Le placard, c'est la néantisation sociale

Les collègues ? Ils ont souvent pris leurs distances ou bien les placardisés, exclus de la vie sociale de l’entreprise – réunions, pots…-, n’ont plus guère l’occasion de les rencontrer. Et comment leur en parler sans être envahi par un sentiment de honte ou de culpabilité? Dans certains cas, les autres salariés s’exposeraient aux foudres de leur hiérarchie s’ils prenaient position pour celui qui fait désormais figure de "pestiféré".

Autres solutions en interne : la prise de contact avec la médecine du travail et les Comités Hygiène Santé et conditions de travail (CHSCT). Dans ces cas, une solution à l’amiable sera encouragée. Faire appel aux syndicats est un des recours possibles. Mais, selon de nombreux témoignages, ils sont beaucoup moins sensibilisés à ce type de problèmes qu’à des situations plus traditionnelles de plans sociaux ou de négociation collective. "Pendant longtemps, les syndicats ont été sourds à la question de la placardisation ", et du harcèlement moral note Dominique Lhuilier, psychosociologue. Toutefois, les choses commencent à évoluer, grâce au travail de plusieurs associations, comme DIRE ou Harcèlement Moral Stop, qui organisent des réunions avec ces organisations pour les alerter. Enfin, la victime pourra se tourner vers l’Inspection du travail qui, après avoir constaté les faits, enverra une lettre de mise en demeure à l’employeur.

"Ce que cherche
à obtenir par
dessus tout le
placardisé, ce sont
les excuses
de son employeur,
mais cela n’arrive jamais. Et encore moins
dans l’enceinte
d’un tribunal".

La justice comme ultime recours

"La dernière chose à faire est de démissionner ", estime Carine Durrieu-Diebolt, avocate spécialiste du droit du travail. Faute de résultat en interne, la dernière issue semble donc être de recourir à la justice. "Il faut être un peu fou pour se lancer dans une action judiciaire, estime Michèle qui, après cinq ans de procédures, quatre juridictions différentes, autant d’avocats, a enfin eu gain de cause. Si c’était à refaire, je ne sais pas si je me lancerais". Le plus souvent, le placardisé demande la résiliation judiciaire de son contrat de travail au motif que l’employeur n’a pas exécuté sa partie du contrat de bonne foi. Courriers échangés avec sa direction, mails, témoignages, tout est bon pour en apporter la preuve.

Mais une fois la machine judiciaire lancée, il ne faut guère espérer retrouver son poste et sa situation. La plupart des placardisés partent et, au mieux, perçoivent des dommages et intérêts. C’est pourquoi Carine Durrieu-Diebolt conseille à ses clients de privilégier les solutions à l’amiable avec l’employeur, souvent plus avantageuses financièrement. "Aux Prud’hommes, le salarié a souvent gain de cause mais les indemnités ne vont pas chercher très loin". Tout au plus quelques dizaines de milliers de francs. Joël Le Jeannic, de l’association DIRE, fait le même constat : "la démarche juridique est imparfaite. Même si le salarié gagne son procès, la perte reste là puisqu’il ne retrouvera pas son emploi. Ce que cherche à obtenir par dessus tout le placardisé, ce sont les excuses de son employeur, mais cela n’arrive jamais. Et encore moins dans l’enceinte d’un tribunal".

Parce qu’il faut le "DIRE "

Créée en 2000 par Joël Le Jeannic, syndicaliste chez Air France, l’association DIRE a une double mission : aller à la rencontre des acteurs sociaux des entreprises pour les sensibiliser au problème de la placardisation et à ses conséquences, accueillir les victimes de cette relégation sociale et les aider dans leurs démarches. "Quand les victimes nous appellent à la permanence téléphonique, elles sont souvent à vif, coupées du monde, brisées", explique-t-il. Outre cette permanence, l’association organise tous les 15 jours une réunion de groupe, basée sur le même principe que les Alcooliques anonymes. "Notre enjeu est d’arriver de la sorte à leur réapprendre à vivre collectivement, à refonctionner socialement". En deux ans, une centaine de personnes ont fait appel à l’association.

DIRE, 8 rue Cannebière Paris 12 (01 43 07 79 72)

Par Sophie LUTRAND et Alexandra GUILLET le 21 octobre 2002 à 17:58
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