Qu'est-ce qui met les agriculteurs en colère ?

Par , le 22 novembre 2002 à 17h04 , mis à jour le 21 novembre 2002 à 17h12

Les agriculteurs qui bloquent une bonne partie des plate-formes d'approvisionnement des grandes surfaces dénoncent les pratiques "abusives" de la grande distribution. Que se cache-t-il derrière les "marges arrières" tant décriées ?

magasins distribution rayons © INTERNE

En théorie, la législation française, via la loi Galland, interdit les ventes à perte. Mais à l'épreuve des faits, de nombreux producteurs se retrouvent avec des recettes inférieures aux coûts de revient de production. Au banc des accusés, les pratiques commerciales dites "abusives" ou qualifiées de "racket" par les agriculteurs.

En échange de mise en évidence dans les magasins, promotion dans le catalogue, placement en tête de gondoles, opérations de promotion, anniversaire de l'enseigne… la grande distribution réclame un effort financier aux producteurs. Parfois même, ces "opérations commerciales" n'existent pas. Si les producteurs refusent, ils sont "déférencés", c'est-à-dire retirés des rayons et s'ils acceptent de payer ses marges arrières, bien souvent ils ne rentrent pas dans leur compte. Voilà pour le principe.

Tous contre quatre

Certains s'en sortent mieux que d'autres. Les producteurs de lait par exemple, ont réussi à s'organiser pour peser sur les prix. Un accord passé avec l'industrie de la transformation et la distribution permet de fixer un prix de vente selon la région. Régulièrement, les producteurs vont vérifier dans les magasins que les prix sont respectés. Grâce aux quotas laitiers imposés par l'Union européenne, les producteurs de lait ont la mainmise sur le volume.

Mais dans les autres secteurs, et notamment celui des fruits et légumes, les agriculteurs avancent en rangs dispersés. Peu font partie d'une organisation et ils doivent affronter isolés un marché de la distribution extrêmement concentré. En quelques années, les multiples acteurs se sont regroupés sous quatre enseignes. Difficile donc de discuter sur un pied d'égalité. Les centrales d'achats qui passent commande pour l'ensemble des magasins d'une même enseigne imposent leur loi. C'est pourquoi, aujourd'hui, les agriculteurs de la FNSEA, syndicat ultra-majoritaire, se tournent vers l'Etat pour faire cesser l'abus de ces fameuses "marges arrière".

Par Sophie Lutrand le 22 novembre 2002 à 17:04
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