La consommation engagée : juste une mode pour se faire mousser ?

Par , le 22 janvier 2003 à 18h58 , mis à jour le 22 janvier 2003 à 11h41

Boycotter les produits fabriqués par des enfants, polluant la nature, produits par des entreprises licenciant sans vergogne, les Français disent oui. Mais à y regarder de plus près, n'est-ce pas que paroles ?

Consommation femme vin supermarché © Plurielles

tf1.fr : 38% des consommateurs français disent tenir compte des engagements de citoyenneté des entreprises en faisant leurs courses. Ce résultat témoigne-t-il d'une nouvelle tendance de consommation ?

Régis Bigot (auteur de l'étude et directeur adjoint du département conditions de vie et aspirations des Français au Credoc) : 38%, ce n'est pas rien. On a vraiment l'impression que les gens sont sensibles à cette valeur mais comment distinguer ce qui relève du discours et de la réalité. C'est facile et ça fait bien de se dire concerné mais de là à faire attention à ce que l'on achète dans les magasins, c'est différent.

tf1.fr : Justement, est-ce que ce souci se traduit en achats ?

Régis Bigot : Nous leur avons demandé pour quel type de produits ils se sentent les plus


Selon  une étude réalisée
par le Credoc pour le
compte du ministère de l'Industrie et publiée mardi :

  • 38% des consommateurs français disent tenir compte des engagements de citoyenneté des entreprises
  • Le travail des enfants est avec 46% la première raison de mobilisation
  • Un Français sur deux accepterait de payer 5% plus cher pour des "produits éthiques"
concernés. Or, ils ont majoritairement répondu "pour les produits alimentaires". On peut se demander s'il n'y a pas confusion dans leur esprit entre entreprise citoyenne et sécurité alimentaire, produits de qualité…

tf1.fr : Ce ne serait donc qu'un discours relevant d'un effet de mode ?

Régis Bigot : Oui et non. Je pense en effet qu'il y a un effet de mode mais quand 38% se disent concernés et 26% affirment avoir déjà boycotté un produit pour ces raisons, on ne peut pas tout expliquer par un effet de mode. C'est une prise de conscience émergente mais qui n'est pas encore très claire.

tf1.fr : Pour quelle raison les Français sont-ils prêts à boycotter un produit ?

Régis Bigot : Là encore, les réponses sont ambiguës. Quand on leur demande quels sont les engagements "citoyens" les plus importants pour une entreprise, ils citent en premier à près de 50% le fait de ne pas avoir recours au travail des enfants. Mais parmi les 26% de consommateurs ayant déjà boycotté un produit, dans 43% des cas, c'était parce que l'entreprise licenciait du personnel ou fermait une usine.

tf1.fr : C'est très différent à l'étranger ?

Régis Bigot : L'appel au boycott est utilisé depuis bien longtemps en Allemagne et aux Etats-Unis où il existe davantage de relais institutionnels qui communiquent sur ces sujets. En France, les questions d'éthique des entreprises et de consommation engagée sont beaucoup plus récentes.

tf1.fr : Dans votre étude, vous soulignez que 16% des cadres ont déjà refusé d'acheter un produit parce que l'entreprise fermait des usines contre "seulement" 9% des ouvriers. La "consommation citoyenne" est une préoccupation de riches (bobos) ?

Régis Bigot : Les personnes qui sont les plus sensibles à cette thématique sont souvent diplômées, jeunes, citadines et gagnant relativement bien leur vie. De manière générale, ce sont surtout les cadres qui sont prêts à boycotter des produits pour des raisons politiques, comme l'apartheid en Afrique du sud, ou sociales. Quand on a les moyens de se payer l'essentiel, il est plus facile de faire attention à ce genre de considérations et d'accepter de payer un peu plus cher.

Par Sophie Lutrand le 22 janvier 2003 à 18:58
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience