La fuite des cerveaux n'aura pas lieu

Par , le 24 janvier 2003 à 18h43 , mis à jour le 23 janvier 2003 à 18h54

Trop ou trop peu de cadres et de jeunes diplômés partis à l'étranger ? Selon l'Apec, non seulement la fuite des cerveaux français n'est qu'une chimère mais elle serait souhaitable. Car la mobilité internationale séduit les entreprises.

travail emploi cadres quinquagénaires © INTERNE

L'Agence pour l'emploi des cadres aimerait bien tordre le cou à quelques idées reçues comme celle qui voudrait que "les cerveaux français s'enfuient vers les Etats-Unis". Très peu de Français, et encore moins de cadres vivent hors des frontières de l'Hexagone : "3% seulement de la population française, selon le ministère des Affaires étrangères", note l'agence, contre 5% pour l'Allemagne et 11% pour l'Italie. Sur les 3 millions de cadres recensés en France, 139 000 travaillent à l'étranger. C'est plus qu'il y a six ans mais les employés s'expatrient plus que les cadres. Si fuite des cerveaux il y a, elle n'est pas gigantesque.

La crainte porte essentiellement sur les chercheurs et scientifiques. Or, 1500 à 2000 jeunes docteurs ès sciences effectuent un stage après leur doctorat à l'étranger, soit seulement 15% des thésards. Et pour eux, le retour est quasiment systématique, surtout quand ils sont partis dans un voisin européen. 7% des chercheurs sont toujours à l'étranger trois ans après leur soutenance de thèse.

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Et quand bien même l'expatriation des cadres serait un phénomène massif, pourquoi s'en soucier, à partir du moment où ces derniers s'en reviennent dans leur pays ? L'Apec souligne que les entreprises françaises et étrangères sont de plus en plus demandeuses de "profils internationaux" : d'étudiants ayant effectué une partie de leur scolarité dans une université étrangère, de cadres ayant une expérience professionnelle en dehors des circuits traditionnels.

La mobilité des cadres français est d'autant plus importante et valorisée dans un CV que les entreprises ont des besoins de plus en plus précis. "On a cru un moment à la globalisation des marchés où le même produit connaîtrait le même succès quelque soit le pays. Or, beaucoup de sociétés, comme Procter et Gamble en sont revenus. Ils lancent aujourd'hui des produits adaptés aux pays où ils sont présents", souligne Jacky Chatelain, directeur général de l'Apec.

Autre idée reçue : une expérience à l'étranger permettra aux cadres de repartir rapidement en mission hors du pays. Manifestement, les entreprises sont très intéressées par la mobilité internationale des cadres mais, les missions hors Hexagone ne sont pas pléthores. En travaillant à Vélizy, on peut tout à fait être amené à avoir plusieurs fois par jour des clients chinois, canadiens ou brésiliens au téléphone. "Et une connaissance de leur culture, de leur façon de négocier, de travailler est nécessaire, tout en ne bougeant pas de son bureau". L'expatriation fait alors beaucoup moins rêver !

Par Sophie Lutrand le 24 janvier 2003 à 18:43
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