Guerre commerciale dans l'espace

Par GR, le 17 janvier 2003 à 07h00 , mis à jour le 17 janvier 2003 à 15h23

Le consortium européen Arianespace, "leader mondial du transport spatial", souffre face à une concurrence exacerbée. En cause, le retour des lanceurs US, le regain d'activité des Russes, et surtout un ralentissement du marché des satellites.

Ariane V espace fusée lanceur satellite © INTERNE

L'année 2003 s'annonce rude pour le géant de la mise sur orbite de satellites civils, Arianespace. Véritable consortium européen, (contrôlée par 44 sociétés de 12 pays européens), la société qui se présente comme le numéro un mondial du transport spatial commercial, a décroché 11 contrats en 2002, contre 13 en 2001. Malheureusement, le marché mondial des lancements de satellites commerciaux se réduit dangereusement : il est passé de quelque 25 lancements en 2001 à une quinzaine l'an dernier et les experts n'entrevoient pas de reprise avant 2005 ou 2006. Tout au long de l'année 2002, ces perspectives peu reluisantes ont peu à peu fragilisé Arianespace. L'échec du

premier tir de sa nouvelle fusée Ariane-5, et le tout récent report de la ballade stellaire de la sonde Rosetta sont autant de signaux d'alertes à prendre au sérieux. "C'est un signal de panique", estime un expert du secteur spatial à Paris. "Et ce n'est pas rassurant pour les clients qui risquent de se tourner vers la concurrence américaine". Au siège d'Arianespace, on affirme que "du côté des clients, il y a plutôt des signes de confiance". Alors même que la concurrence s'intensifie avec l'arrivée des nouveaux lanceurs Delta-4, de l'américain Boeing, et Atlas-5 de l'américano-russe ILS (International Launch Services), la société européenne s'efforce de renforcer son image de sérieux en se montrant déterminée à ne prendre aucun risque.

"193 millions d'euros de pertes en 2001"

En 2003, sur un plan financier, le report du lancement de Rosetta ne devrait pas avoir de conséquences négatives directes pour Arianespace, puisqu'il ne s'agissait pas d'un lancement commercial. En revanche, le calendrier des futurs lancements d'Ariane-5 pourrait être remis en cause. "Tout dépend du plan de retour en vol de la fusée Ariane-5 ECA" qui doit être défini prochainement, indique-t-on prudemment au siège d'Arianespace. Ariane-5 s'apprête à prendre définitivement le relais de sa sœur aînée Ariane-4, dont le dernier vol est prévu le 12 février prochain. De fait, Arianespace a fait de la nouvelle version ECA de cette fusée le fer de lance de sa stratégie

de conquête du marché des lancements de satellites. Elle a la capacité unique d'en emmener deux gros, pour une charge globale de dix tonnes réduisant ainsi le coût du voyage. Le danger de cette stratégie pourrait venir de l'abandon progressif du marché des petits et moyens satellites, au profit des lancements lourds. Il ne fait aucun doute que les concurrents d'Arianespace s'engouffreraient alors dans la brêche, et si le marché des charges lourdes ne décollait pas, le groupe européen ferait face à une impasse commerciale très difficile à gérer. Vendredi, à l'occasion des voeux à la presse de Claudie Haigneré, Roger-Maurice Bonnet, (président de la Commission de réflexion sur la politique spatiale), a exprimé son sentiment sur les remous du secteur : "sans Ariane, le secteur spatial européen va boiter et je crains qu'il ne se gangrène". Le rapport de la commission recommande des "mesures de redressement financier, et un renforcement du caractère européen de son management".

La Russie prévoit plus de 40 lancements dans l'espace en 2003

La Russie prévoit de lancer dans l'espace cette année plus de 40 appareils, civils et militaires, a indiqué mardi le ministère russe de la Défense, cité par l'agence Itar-Tass. Quinze types de lanceurs vont être utilisés pour effectuer ces lancements. Le premier lancement réalisé en 2003 par les Russes, sera celui du vaisseau cargo Progress le 2 février depuis Baïkonour, qui doit livrer sur la Station spatiale internationale (ISS) du carburant, de l'oxygène, de l'eau et de la nourriture pour les astronautes.

 

Photos : 1) Agence KL com / maquette Ariane V à St Tropez. 2) CNES Ariane V à Kourou. 3) European Space Agency / Fusée Proton Russe

Par GR le 17 janvier 2003 à 07:00
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