© ManreoLe marché des porte-avions, quel que soit le pays a en général deux caractéristiques : les montants financiers sont toujours gigantesques, et les détails des négociations font rarement la une des journaux généralistes. La presse britannique s'interrogeait pourtant vendredi, sur le choix en faveur de BAE Systems pour la construction des deux porte-avions de la Royal Navy, estimant que les intérêts de politique intérieure l'avaient emporté sur la logique industrielle. Le ministre britannique de la Défense Geoff Hoon a annoncé jeudi que BAE Systems avait été choisi comme maître d'oeuvre du projet, mais qu'il devrait travailler sur le design de son concurrent français Thales, une décision très critiquée par la plupart des experts. "Thalès a gagné sur le design et le prix mais BAE a obtenu le rôle de maître d'œuvre pour des raisons politiques", a ainsi regretté un dirigeant non identifié d'une entreprise de défense, cité vendredi par le Financial Times (FT). Dans un éditorial au vitriol, le Times dénonce ce "jugement de Salomon" après la lutte acharnée que les deux groupes avaient mené pour remporter cet énorme contrat.
Une commande en or massif
Les sommes en jeu donnent le vertige, et ces deux navires constituent tout simplement la plus grosse commande jamais passée par la Royal Navy. Le total de la commande a été évalué à quelque 10 milliards de livres (15 milliards d'euros), dont 3 milliards pour la construction et 7 milliards pour l'entretien. Selon le Times, "le contrat aurait dû revenir à Thales" " les porte-avions auraient de toutes façons été construits en Grande-Bretagne, donc ce n'était ni une question d'emploi ni un moyen de sauver l'industrie britannique de la Défense". "Les secrets défense n'étaient pas menacés, puisque Thales est lié par les mêmes règles de sécurité que BAE. Le quotidien économique Financial Times va plus loin, et cite un expert selon lequel cette décision (Bae comme maître d'œuvre) est un "cadeau empoisonné" pour BAE Systems. "Chez Thalès, ils rigolent. Ils ont obtenu une part significative du travail, qui sera peut-être la plus rentable. BAE assume tous les risques sans avoir le contrôle de la conception des bâtiments". La direction de Thales a le sourire, car le groupe devrait facturer jusqu'à 4,5 milliards d'euros (dont 3 milliards pour l'entretien) pour cette commande.
Cerise sur le gâteau, l'entreprise française prend une sérieuse option sur la construction d'un nouveau porte avions français. Bref le vrai gagnant de la lutte au couteau entre BAE et Thalès, n'est peut être pas celui que l'on croit.
La Bourse en direct
Retour MYTF1
Chargement en cours...




