Retraites : la solution est ailleurs ?

Par , le 17 janvier 2003 à 17h39 , mis à jour le 18 janvier 2003 à 14h06

Tandis que François Fillon était parti à la pêche aux idées de réforme de retraites chez nos voisins européens, plusieurs syndicats organisaient un colloque sur les retraites en Europe. Quels sont les enseignements à tirer des réformes déjà conduites ?

Manifestation de retraités |AFP © INTERNE

S'inspirer d'exemples étrangers avant d'aborder le grand chantier de l'année est à la mode. Tandis que François Fillon, ministre des Affaires sociales, achève son "tour d'Europe" des systèmes de retraite, quatre syndicats organisaient vendredi à Paris un colloque sur les retraites en Europe". Plusieurs centaines de militants ont écouté leurs collègues espagnols, italiens, belges, suédois ou allemands leur narrer par le menu comment, chez eux, s'était déroulée la réforme de leur système de retraite.

A quelques semaines du début du débat en France, les organisations syndicales jouent la cohésion. Après s'être mises d'accord le 6 janvier sur un texte répertoriant les exigences en matière de retraites la semaine dernière, la CFDT, la CGT, l'Unsa et la FSU ont organisé de concert ce premier colloque. Un "symbole fort", a souligné le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque. Les syndicats feront également corps lors de la manifestation du 1er février.

Quel montant de retraite ?

S'inspirer d'exemples étrangers est une démarche relativement novatrice dans le domaine social où l'habitude est davantage au repli derrière les particularismes historiques et culturels. Mais tous les leaders syndicaux l'ont rappelé à l'instar de Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, "il n'y a pas une réforme de référence en Europe". "En tout cas, aucune réforme qui serait transposable en France", précise celui qui mènera les négociations, si négociations il y a, pour la CGT, Jean-Christophe Le Duigou.

Pas de solution miracle donc, mais des idées qui suscitent l'enthousiasme, d'autres le débat. Rome ne s'est pas faite en un jour : à l'exemple de l'Allemagne ou de l'Italie qui en sont déjà à leur troisième réforme du système des retraites, la CFTC souhaite que celle qui se profile en France ne soit pas un point final : "Il faudrait se revoir tous les trois ou quatre ans pour faire le point et ajuster la règle", explique Jean-Louis Deroussen, en charge du dossier pour la CFTC. Plutôt que se "focaliser sur le temps de cotisations ou l'âge de départ à la retraite", plusieurs organisations soulignent l'importance de s'accorder sur le montant des pensions. En Allemagne, l'objectif qui a déterminé toute la réforme était d'assurer un bon niveau de retraite : aujourd'hui, chacun perçoit, à la retraite, 70% nets de son salaire d'autrefois. Un taux qui n'est que de 50% en France.

Vers une capitalisation guarantie

En Italie ou en Suède, l'âge de départ est très flexible. On peut cesser de travailler à partir de 57 ans, avec une retraite moins importante, ou bien continuer jusqu'à 65 ans, avec un système de bonus (61 et 67 ans pour la Suède). "Il s'agit d'inciter les gens à travailler plus longtemps", estime M. Benetti, représentant du syndicat italien, la CISL. Une idée que ne réfute pas la CGT qui rappelle que la "retraite est un droit, pas une obligation".

Dernier point et pas le moins polémique : faut-il créer un système complémentaire de retraite par capitalisation ? A peu près tous nos voisins européens l'ont mis en place. Jean-marie Toulisse de la CFDT rappelle d'ailleurs que lorsque l'on croit limiter les dégâts en rendant la capitalisation facultative, on s'aperçoit rapidement que des inégalités apparaissent et on cherche rapidement à la rendre obligatoire". Béatrice Hertogs de la confédération européenne des syndicats (CES) donne les Pays-Bas en exemple avec leur système de capitalisation "où ce ne sont pas les cotisations qui sont définies mais les prestations". Capitalisation, cotisation, âge de la retraite, autant de sujets que les syndicats semblent prêts à aborder, "à condition qu'il y ait négociation", lance le leader de l'Unsa, Alain Olive.

Par Sophie Lutrand le 17 janvier 2003 à 17:39
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