Un trader imprudent fait "sauter la banque"

Par Gérard RANSAY, le 29 janvier 2003 à 07h00 , mis à jour le 29 janvier 2003 à 18h34

Selon le Wall Street Journal, le directeur d'un fonds d'investissement basé à Tokyo, John Koonmen, vient de faire son entrée sur la liste noire des pertes record. Les sommes dilapidées sont gigantesques, et d'autres établissements prestigieux pourraient être affectés.

trader finance © INTERNE

L'histoire a fait le tour des salles de marché à la vitesse de l'éclair. A Tokyo, un responsable d'un fonds d'investissement, Eifuku Master fund, aurait investi et perdu la totalité des sommes confiées à ses équipes, soit, 277 millions d'euros, en une semaine. Selon le Wall Street Journal Europe (WSJE), John Koonmen un trader de haut niveau, (qui officiait auparavant pour la très sélecte Lehman Brothers bank) aurait parié, à tort, ces sommes colossales sur des actifs ayant perdu de leur valeur. Dans une lettre datée du 15 janvier, John Koonmen a laconiquement annoncé aux investisseurs qui lui avaient fait confiance, qu'ils risquaient de faire face à des pertes importantes.

Très hauts rendements et puis la faillite

Jusque là, John Koonmen avait pourtant affiché des résultats extraordinaires, notamment en 2002, ou il avait produit un extraordinaire rendement de 76%. Ce résultat magnifique, précédant une chute encore plus spectaculaire, met en lumière la volatilité, et le niveau de risque auxquels les clients de ces fonds très agressifs s'exposent. Malgré cela, les résultats largement au dessus de la moyenne, que produisent ces virtuoses des marchés attirent les institutionnels, banques et autres compagnies d'assurance. Le Wall Street Journal précise qu'en 2003, les "hedge funds" gèrent désormais 600 milliards de dollars contre 400 milliards il y a seulement 2 ans. Ces chiffres qui donnent le vertige, parlent d'eux même. Ce qui fait de cet épisode malheureux de l'histoire des marchés une histoire hors norme, est le gigantisme des sommes en jeu, et l'aveuglement de John Koonmen. Sous ses ordres, d'autres traders ont emprunté des centaines de millions de dollars, et les ont investi en utilisant des outils financiers sophistiqués. L'avantage de ces derniers est de multiplier les gains, l'inconvénient est qu'ils ont le même effet en cas de pertes.

Les dégâts occasionnés par ces opérations pourraient donc se révéler encore plus importants que prévus, le Wall Street Journal cite un montant d'un milliard de dollars investi. La fuite en avant de John Koonmen rappelle la chute du fonds prestigieux LTCM en 1998, et la saga de Nick Lesson en 1995. Ce dernier, opérateur sur le SIMEX (Singapore International Monetary Exchange) avait fait imploser la vénérable banque Barrings, sixième établissement bancaire britannique. Tous les experts s'accordent sur le fait "qu'une claire séparation entre les opérateurs, et ceux qui tiennent les comptes est absolument indispensable", mais une fois de plus, cela n'a pas été le cas.

Par Gérard RANSAY le 29 janvier 2003 à 07:00
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