© INTERNE"L'ange exterminateur", ce pourrait être le titre d'une bande dessinée de Bilal ou d'Yslaire. C'est le titre choisi par Airy Routier, journaliste au Nouvel Observateur, pour la biographie "non-autorisée "qu'il consacre à l'un des patrons français les plus secrets : Bernard Arnault. Ce n'est toutefois pas ce livre qui brisera l'image de financier au sang froid dont le puissant patron du groupe de luxe LVMH voudrait bien se défaire.
On y découvre une machine bien huilée, mise en branle dès son entrée dans la vie active si ce n'est avant. Cet enfant du Nord de la France naît en 1949 dans une famille de "petits" entrepreneurs. Son père faisait tourner l'entreprise familiale, Férinel, une PME locale spécialisée dans la construction de bâtiments industriels. Mais c'est sa grand-mère, principale actionnaire, qui l'élève. Une fois son diplôme de polytechnicien en poche, le jeune homme délaisse la fonction publique et les lambris parisiens qu'il ne connaît pas et ne l'intéressent pas pour s'en retourner faire ses armes dans l'entreprise de famille. Mais rapidement, le jeune loup prend l'ascendant sur son père et devient le véritable maître des lieux.
Artillerie
Pourtant, mai 81 va l'amener à retarder quelque peu son ascension : comme beaucoup à l'époque, l'arrivée de la gauche au pouvoir et notamment de communistes, l'effraie et Bernard Arnault s'exile aux Etats-Unis. Après plusieurs affaires peu fructueuses sur le territoire américain, il profite des relations qu'il s'est faites pour préparer son retour … et mettre un premier orteil dans l'univers du luxe. Boussac - entreprise du nord de la France spécialisée dans le textile mais aussi les grands magasins avec Conforama, La Belle Jardinière ou encore Le Bon Marché et surtout, propriétaire de la "pépite" Dior - est à vendre. Grâce au soutien de la banque d'affaires Lazard, qui sera par la suite, de presque toutes les aventures, Bernard Arnault en fait sa première grande acquisition en 1984, la première d'une longue liste.
Le jeune entrepreneur lance alors sa propre maison de Haute couture en débauchant Christian Lacroix des ateliers de Patou. Les années suivantes seront marquées par une première crise de boulimie : Louis Vuitton, les champagnes Moët puis Krug, la maison de cognac Hennessy.
Mais ce que met au jour le livre d'Airy Routier, c'est l'art et la manière dont sont réalisées ces opérations. Bernard Arnault est un guerrier. Les opérations financières ressemblent aux batailles menées par un Napoléon, ses alliances et retournements dignes d'un Talleyrand, les contre-attaques vécues comme des crimes de lèse-majesté, la seule issue envisageable, la victoire.
Thérapie par l'appétit ?
C'est dans la terrible bataille qui l'opposera à une autre grande figure, François Pinault, dans la prise de contrôle de Gucci, que son "talent" va le plus se révéler. Anecdote emblématique, lorsque Bernard Arnault apprend que Pinault vient chasser sur son propre territoire en faisant son entrée au capital de Gucci, il aura une réaction étonnante. Il entame sa deuxième grande crise de boulimie, cette fois-ci dans la nouvelle économie. Et c'est seulement après l'absorption de centaines de start-up que son plus proche et fidèle collaborateur, Pierre Godé, dira de lui : "Bernard a fait beaucoup de choses, il a réussi quelque chose de fantastique dans Internet, il est désormais en situation psychologique de passer l'éponge sur l'affront de François Pinault". Une façon comme une autre de calmer ses nerfs...
On y apprend également une méthode peu connue du grand public : le recours aux agences d'informations. Et Bernard Arnault fait appel aux services de renseignements de Kroll Associates quasiment systématiquement. Objectif : obtenir des informations professionnelles, mais aussi privées capables d'affaiblir ses concurrents ou ceux susceptibles de le devenir. Et tous les moyens, y compris la fouille des poubelles, sont bons ou jugés comme tels.
S'il existe des règles, une morale des affaires, Bernard Arnault n 'est pas de la génération de ceux qui les respectent selon l'auteur. Manifestement, Airy Routier, qui a brossé le portrait de nombreux patrons, dont Bernard Tapie, n'a pas de sympathie pour ce joueur de tennis et collectionneur d'art. Si sa réussite en impose, il lui manquerait, selon l'auteur "la tolérance, la décontraction, voire l'humour qui sont la marque des hommes accomplis" et surtout, conclut Airy Routier, "le goût des autres".
"L'ange exterminateur, la vraie vie de Bernard Arnault", Airy Routier,
éd Albin Michel, 2003, 423 pages, 21,50 euros
Retour MYTF1
Chargement en cours...





