© INTERNEPour la première fois cette année, la bière fait son entrée au concours général agricole organisé tous les ans pendant le Salon de l'agriculture. Une participation qui lui donne ses lettres de noblesse au moment même où les Français en consomment moins. Les ventes de bières en France sont en effet en légère régression depuis quelques années et notamment dans les cafés. Consommant en moyenne 35,9 litres de bières par an, soit seulement 17% de leur consommation d'alcool, les Français sont loin derrière leurs voisins européens.
Et pourtant, jamais autant de petits brasseurs n'ont vu le jour. A côté des stands des grandes brasseries du Nord de la France, de petits comptoirs de Normandie, de Bretagne mais aussi de Franche-Comté ou des Bouches-du-Rhône présentent leur production. On les appelle les "microbrasseurs" car face aux millions d'hectolitres produits par quelques grands noms, ces derniers ne dépassent guère les quelque milliers d'hectolitres. Et pourtant, dans une conjoncture morose, ce sont ces derniers qui tirent leur épingle du jeu.
La Blanche des Plateaux
Cuisinier de formation, Bruno Mangin a créé sa brasserie dans une petite ville du Jura en 1994. Pour seul bagage, une passion pour la "cervoise" et la conviction que les consommateurs sont prêts à découvrir d'autres produits que les blondes qui monopolisent la quasi totalité du marché. Aujourd'hui, sa marque, Rouget de Lisle produit onze bières artisanales dont la Fourche du diable à la gentiane, la Millefleur, la Combe aux loups, la Blanche des plateaux ou encore de la bière bio. Ses bières sont distribuées à 60% dans les grandes surfaces de Franche-Comté, 30% dans le reste de la France et 10% à l'export.
Et sa petite entreprise fait son chemin : "la plus petite augmentation de notre chiffre d'affaires en huit ans a été de 17%", affirme ce jeune brasseur. Paradoxalement, ce dernier estime que ce sont les grands brasseurs, en commençant à produire des bières spéciales, qui leur ont ouvert la voix. Aujourd'hui, il réalise un chiffre d'affaires de 545 000 euros pour une production de 2600 hectolitres.
"On ne peut plus en sortir"
Bien d'autres ont suivi ce chemin. Ces trois ou quatre dernières années, des dizaines de microbrasseurs ont vu le jour. A 47 ans, Francis Hoffner vend sa cordonnerie et sa maison et rachète une ancienne brasserie des Vosges. Après deux ans de travaux de rénovation et de stage chez des producteurs de bières, Francis et son épouse se lancent dans l'aventure en mai 2000. "Une fois que l'on met le doigt dedans, c'est une passion, on ne peut plus en sortir", confie l'ex-cordonnier. Même discours au comptoir de Christophe Lesénechal qui fait déguster aux visiteurs du salon sa bière artisanale de la Baie du Mont-Saint-Michel : la Croix des grèves. Ce Normand de 32 ans tenait un café concert dans la région du Mont Saint-Michel quand il a eu envie de se reconvertir. L'investissement de départ a avoisiné les 80 000 euros mais aujourd'hui il est lancé.
Tous confirment que le plus dur est de pénétrer les circuits de distribution et notamment les moyennes surfaces. Face à la fédération des Brasseurs de France, ces microbrasseurs tentent aujourd'hui de se réunir entre producteurs d'une même région pour mieux se faire connaître. Les brasseurs bretons ont ouvert la marche, ceux de Franche-Comté, de Bourgogne et de Rhône-Alpes sont en pourparlers. Et quand on leur demande si leur "créneau" artisanale misant sur le retour au terroir ne risque pas de s'essouffler quand les consommateurs seront passés à autre chose, Bruno Mangin répond : "quand on a goûté à la qualité, pourquoi changer ?"
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