© INTERNEComme si la nature voulait rappeler que c'est elle qui impose ses lois. Depuis des décennies, les semences des meilleurs bovins, comprendre les plus productifs, sont sélectionnées pour inséminer les femelles, tout cela sans intervention animale. Cette sélection a permis de plus que doubler la production d'une vache laitière en l'espace de dix ans. Mais depuis plusieurs années, les effets de cet "eugénisme animal" se font ressentir sur la fertilité des bêtes. En moins de quinze ans, le taux de réussite des inséminations artificielles est passé de 60% à 52%. Il est à peine supérieur à 40% pour la race Prim'Hostein, la race laitière par excellence. C'est sur cette dernière que la sélection des gênes a été la plus poussée. Objectif : produire toujours plus.
Mais aujourd'hui, ce phénomène de baisse continue de la fertilité inquiète de plus en plus les professionnels. "Le constat n'est pas nouveau, certains pays s'en sont souciés bien avant la France mais, tant que la PAC (politique agricole commune, ,ndlr) assurait des quotas laitiers et garantissait un revenu, le problème n'inquiétait pas plus que ça les éleveurs", explique Patrice Humblot, directeur scientifique de l'UNCEIA (union des inséminateurs français). Aujourd'hui en revanche, il est urgent d'agir.
Isoler le marqueur génétique de la fertilité
Les recherches de l'UNCEIA et de l'Inra ont mis en évidence une corrélation négative entre la productivité et la fertilité pour les races laitières. La question se pose en effet avec une moindre acuité pour les races à viande. Mais la génétique n'est peut-être pas la seule responsable. Beaucoup d'autres hypothèses sont à l'étude : la taille des exploitations qui permet un moindre suivi de l'animal, une alimentation inadaptée, trop ou pas assez riche… Le programme de recherches mis en place par l'UNCEIA au début de l'année sur cette question n'exclut aucune piste. "Nous allons à la fois essayer de sélectionner des semences qui permettent de garantir une bonne qualité et productivité sans abaisser la fertilité", explique Patrice Humblot. Aujourd'hui, 1000 taureaux sont observés chaque année pour sélectionner les meilleurs : à la fin seules les semences des 15 meilleurs sont retenues. Là, il faudra sans doute en garder encore moins. Ce qui peut augmenter la consanguinité.
Une autre solution serait de mettre en évidence les marqueurs génétiques responsables de la productivité et ceux de la fertilité. Les chercheurs de l'Inra y travaillent. Pour le moment, les inséminateurs essaient également de mieux informer les éleveurs sur les questions d'insémination et même d'alimentation. Sans faire de lien avec les velléités de certains de faire de la sélection génétique chez les humains, cet exemple montre en tout cas que "l'amélioration des races" comporte toutefois quelques inconnues.
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