Delevoye veut du donnant-donnant

Par , le 13 mars 2003 à 10h33 , mis à jour le 13 mars 2003 à 11h29

Jean-Paul Delevoye prend le risque de froisser en affirmant que les hausses de salaires des fonctionnaires seront conditionnées aux économies que ces derniers seront en mesure de faire.

[Expiré] [Expiré] Delevoye Jean-Paul Ministre de la fonction publique AFP © AFP

Les syndicats de fonctionnaires n'avaient déjà pas été ravis d'apprendre lundi que les négociations sur les hausses de salaires étaient repoussées... aux calendes grecques, l'interview de leur ministre de tutelle publiée jeudi par le Parisien devrait également leur chatouiller les oreilles. Jean-Paul Delevoye, ministre de la Fonction publique, y déclare que non seulement les hausses de salaires ne seront pas débattues dans l'immédiat mais qu'elles seraient conditionnées aux efforts consentis par ces mêmes fonctionnaires.

Les augmentations salariales ne seraient donc plus conditionnées à l'inflation mais à l'efficacité et à la productivité des différentes administrations. De quoi faire blêmir même la CFDT ! "La France dépense plus qu'elle ne gagne, elle vit à crédit. Nous ne pouvons plus continuer à financer la dépense par la dette", explique Jean-Paul Delevoye au Parisien, précisant que relever les salaires des fonctionnaires de un point revient à "un peu plus de un milliard d'euros".

Hausse de salaires contre économies

La solution donc ? Conditionner les hausses salariales aux économies réalisées dans la Fonction publique par davantage de rationalisation des dépenses mais aussi, sans doute, par une réduction des effectifs. C'est d'ailleurs ce qu'avait affirmé la veille Francis Mer, ministre de l'Economie et des Finances à l'Assemblée nationale. Arguant qu'aujourd'hui les fonctionnaires "ne sont pas intéressés aux économies qu'ils réalisent", il estime qu'il faut "établir un contrat de performance avec les administrations. Il passera par la nécessaire maîtrise des coûts et des effectifs"(...) "une partie des économies pourra alors leur profiter. C'est ce que le ministre appelle le contrat "gagnant-gagnant". Gageons que certains y verront plutôt du "donnant-donnant".

Mercredi, les syndicats qui ont été pour la plupart reçu par JP Delevoye sur la réforme des retraites, criaient à l'incompréhension. FO estimait que si le gouvernement voulait la révolution, il fallait qu'il continue. Le ministre persiste et signe dans cette interview : non seulement l'alignement de la durée de cotisations du public sur le privé "est une possibilité" mais JP Delevoye affirme dans la foulée que l'Etat n'a pas aujourd'hui les moyens de prendre en compte les primes dans le calcul des retraites : une revendication syndicale en contrepartie de l'allongement de la durée de cotisation. La qualité que l'on reconnaîtra au ministre est certes la franchise, peut-être trop au goût de certains.

Par Sophie Lutrand le 13 mars 2003 à 10:33
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