Le prix de l'essence plus sensible à la hausse qu'à la baisse ?

Par , le 16 avril 2003 à 19h47 , mis à jour le 17 avril 2003 à 11h53

L'idée commune veut que lorsque le prix du pétrole augmente, les consommateurs en ressentent immédiatement les effets à la pompe et moins quand il baisse. Mais rien n'explique une telle distorsion.

pompes essence © INTERNE

L'essence, ça augmente mais ça ne baisse jamais ! C'est bien connu, si l'industrie pétrolière est prompte à rapidement répercuter les hausses de prix du baril, elle est bien moins empressée de le faire quand le fameux baril baisse. Cliché ? Conversation de comptoir ? L'Insee publie aujourd'hui dans sa revue Economie et Statistiques une étude intitulée "Le Prix des carburants est plus sensible à une hausse qu'à une baisse du brut".

Selon les auteurs qui ont observé les prix du gazole, du super et du fioul domestique de 1989 à 2000, il existe bien une asymétrie entre les hausses et les baisses du prix du brut, c'est-à-dire le prix du pétrole avant d'être acheté par les raffineurs, et les prix à la pompe. "Les prix que paient les consommateurs réagissent plus vite à une hausse qu'à une baisse", confirme Nicolas Riedinger, l'un des auteurs de l'étude. Mais les économistes de l'Insee se contentent d'observer l'écart et ne se risquent pas à l'expliquer. Tout juste tentent-ils deux hypothèses : la première serait que même si le prix du brut baisse, les coûts induits par les déstockages se répercuteraient dans les prix à la pompe, atténuant la première baisse. Explication un peu compliquée… et guère suivie par les experts du secteur.

La concurrence des supermarchés

La seconde explication serait que "confronté à une hausse de ses coûts, aucun distributeur, compte tenu de la faiblesse de ses marges, ne peut maintenir durablement son prix inchangé", quelle que soit l'attitude de ses concurrents, écrit l'Insee. "En revanche, face à une baisse des coûts, la décision des distributeurs de réduire leurs prix est tributaire de considérations stratégiques". De là à dire qu'il y a un peu de mauvaise foi de la part des distributeurs…

Cette première hypothèse ne manque pas de chatouiller les intéressés. "Ca n'a aucun sens de sous-entendre qu'un acteur pourrait manipuler le marché", s'emporte Jean-Louis Schilansky, délégué général de l'Union française des industries pétrolières. L'UFIP représente les quatre grands noms du marché français : TotalFinaElf, Shell, Esso et BP. "Le marché est gigantesque et représente des sommes astronomiques, personne n'a la main dessus". "La concurrence joue son rôle en France. D'ailleurs les grandes surfaces qui représentent plus de la moitié du marché n'hésitent pas à jouer sur le prix d'appel et donnent le la aux autres acteurs", explique Denis Babusiaux, directeur de recherches à l'Institut français du pétrole (IFP).

Quelques mois ou quelques jours

Sur le retard à répercuter les baisses de prix, là encore, les avis divergent. "Une hausse se ressent dès le premier mois sur le prix final alors qu'une baisse ne fait pleinement sentir ses effets qu'au terme de 4 ou 5 mois", explique Nicolas Riedinger. Faux, rétorque l'UFIP. Selon leurs propres calculs, hausses comme baisses se font sentir au bout de trois semaines, à quelques jours près. Jean-Louis Schilansky prend pour exemple la période de baisse actuelle. "En quelques semaines, le prix du baril est passé de 35 dollars à 25 dollars. La semaine dernière, les prix à la pompe ont baissé de deux centimes d'euros et cette semaine de deux ou trois centimes". D'ailleurs, "sauf réaction de l'Opep" qui se réunit le 24 avril, Denis Babusiaux confirme, "les fondamentaux sont à la baisse".

Par Sophie Lutrand le 16 avril 2003 à 19:47
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