Dernière ligne droite pour l'empire Khalifa ?

Par RG, le 06 juin 2003 à 07h00 , mis à jour le 06 juin 2003 à 10h42

Depuis que le premier ministre algérien a annoncé l'impossibilité de sauver la banque Khalifa, c'est tout l'empire éponyme qui vacille. L'établissement financier était le pilier du conglomérat qui est menacé de disparition.

khalifa airways avion algérie © INTERNE

Cette fois, Le groupe Khalifa, emblématique d'une nouvelle génération d'entrepreneurs algériens, semble condamné. L'annonce de la nomination d'un liquidateur à la tête de Khalifa Bank, la plus importante banque privée algérienne, sonne le glas de la réussite fulgurante d'Abdelmoumène Rafik Khalifa. Lors de la parution de son communiqué, la commission bancaire a précisé qu'elle avait retiré l'agrément à Khalifa Bank pour : "cessation de paiements" consécutive à un "important déficit de ressources". Selon les spécialistes de cette commission, celui-ci aurait pour origine "des fuites de capitaux", une "accumulation des non valeurs représentées par des créances irrécupérables sur des entreprises affiliées" et surtout une "dilapidation des ressources".

Une "tragédie financière et sociale"

La nouvelle avait fait l'effet d'une bombe en Algérie où la banque comptait, il y a peu, 1,5 million de clients. Interrogé par tf1.fr, l'un d'eux, investisseur dans le secteur immobilier parle de "l'angoisse de voir ses économies partir en fumée". "C'est dommage, car le service était remarquable, et tranchait sur les concurrents". "Vous savez, cette banque était la première à permettre l'accès à la carte bleue à des dizaines d'utilisateurs peu fortunés, évitant ainsi de garder son patrimoine chez soi".

"C'est une tragédie financière qui risque de ruiner beaucoup des clients, mais aussi une tragédie sociale. Il faudra en effet compter avec les milliers d'employés du groupe qui vont se retrouver au chômage". "In fine, vous pourriez aussi expliquer, que si les algériens ont tant admiré moumène (M.Kahalifa), c'est parce que même si de l'argent s'est envolé vers des paradis fiscaux étrangers, lui au moins a créé plus de 20.000 emplois dans le pays, contrairement à d'autres qui en font tout autant, sans aucune retombée locale".

2,6 milliards de dollars partis à l'étranger

Dans toute l'Algérie, de nombreux déposants ont tenté, en vain, de retirer leurs fonds. Les agences de Khalifa Bank en Algérie sont désormais fermées. La décision, mardi, du Premier ministre, M. Ahmed Ouyahia de garantir un remboursement de 600.000 dinars maximum (9200 euros), via la caisse des garanties des dépôts, n'a pas calmé les esprits, loin de là. Le chef du gouvernement a aussi précisé qu'il était hors de question de sauver du gouffre une entreprise privée qui a déjà englouti "1,5milliards d'euros" des deniers publics.

Le Quotidien d'Oran, le plus fort tirage de la presse francophone algérienne, a affirmé jeudi que ce chiffre ne représentait "pourtant que les pertes évidentes déjà recensées, causées aux entreprises et opérateurs algériens". Citant un spécialiste des finances, ce journal écrit que "les transferts opérés de manière illégale par la banque Khalifa vers l'étranger se montaient à 2,6 milliards de dollars, selon des bilans établis il y a près de deux ans". Enfin, Le Quotidien d'Oran n'hésite pas à affirmer qu'avec "le séisme Khalifa", on est peut-être devant "une immense escroquerie, la plus grande de l'histoire de l'Algérie".

Photo : archive AFP. Avions de Khalifa Airways à l'aéroport d'Alger

Par RG le 06 juin 2003 à 07:00
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