Qu'est-ce que tu fais pour les vacances ?

Par , le 01 juillet 2003 à 16h53 , mis à jour le 27 juin 2003 à 17h29

Pétanque, pastis et grillons, trekking dans le désert du Sahara, châteaux de la Loire et gîtes ruraux... De quoi rêvent les Français aujourd'hui pour passer de "bonnes vacances" ?

vacances plage loisirs soleil © INTERNE

Boucler les valises la veille, en vider une partie à la dernière minute parce que "Ca Ne Rentre Pas", se coucher tôt car on "a de la route", ne pas oublier le thermos de café, jouer aux plaques d'immatriculations avec les enfants, éviter qu'ils tirent la langue au monsieur dans le gros camion, déplier la carte routière de manière à ce que le conducteur ne voit plus rien, se tromper d'embranchements, tourner dix fois dans la station balnéaire avant de trouver "l'allée des oliviers", et enfin, s'affaler dans le canapé de la location avant de gonfler le canard de "Jojo" qui a déjà enfilé son maillot de bain et pousse des cris d'impatience…. Est-ce toujours comme cela que l'on part en vacances aujourd'hui ? Les vacances d'été sont-elles encore des expéditions ?

"Après la guerre, l'important était de partir, peu importe la destination, explique Jean Viard, sociologue et chercheur au CNRS. Aujourd'hui, c'est devenu plus banal alors on tente de nouvelles destinations". Partir en vacances, un acte banal ? "Mais très inégalitaire : près de 40% des Français ne partent pas du tout", précise Georges Hatchuel, directeur général adjoint du Credoc et auteur d'une étude intitulée "Vacances, week-ends, les incidences des 35 heures". Et si jusqu'aux années 60 de plus en plus de personnes partaient en vacances, ce mouvement s'est essoufflé depuis.

Farniente et copains

Il y a désormais ceux qui partent beaucoup, non seulement l'été mais aussi lors de courts séjours pendant l'année et qui souhaitent diversifier la nature de leurs vacances et ceux qui ne partent qu'une fois, toujours l'été et pour d'assez longs séjours. "Auparavant, la grande majorité des Français partait quatre semaines l'été, aujourd'hui, avec la réduction du temps de travail (RTT), ces vacances sont plutôt de trois semaines et l'on part une autre fois dans l'année", explique Georges Hatchuel.

Les grandes vacances sont toujours assez sédentaires, dans une maison secondaire, chez des parents, en camping ou location alors que le week-end prolongé est "plus dynamique, plus actif", selon le directeur adjoint du Credoc. "Quand on demande aux gens comment ils définissent les vacances idéales, ils répondent, dans l'ordre : ne rien faire, du soleil, découvrir un nouveau lieu et enfin retrouver des amis ou la famille". Rien de "révolutionnaire donc.

Vacances de bobos ?

Pourtant, les happy few, ceux qui partent le plus et qui jouent souvent le rôle de précurseurs, sont en quête de différence. Depuis quelques années, des offres atypiques de voyages leur sont proposées : la découverte des Pyrénées du haut des arbres, les Cévennes à dos d'ânes, la Thaïlande par sa cuisine, le Maroc par ses villages de potiers…. Il faut de l'authentique et du naturel. "Avec ce type de voyage, on recherche l'épanouissement personnel. On s'intéresse à une nouvelle culture pour mieux se connaître soi-même", estime Georges Hatchuel. C'est le routard qui a grandi, qui va à la plage à Cuba mais qui va également visiter une fabrique de cigares". Mais attention, ce type de vacances ne concerne qu'une toute petite partie des Français, souvent la plus fortunée.

Idem pour les vacances sportives estime Jean Viard : "Auparavant on était dans la compétition, aujourd'hui, il s'agit juste de se mesurer à soi-même". "Nous sommes dans une société obsédée par son passé, désireuse de se trouver des racines par peur du futur. A l'inverse des années 70 où le futur était perçu positivement". Le chic du chic aujourd'hui serait de dire que l'on va dans la maison de famille que l'on a restaurée et où l'on va retrouver le reste de la tribu.

Marre des voyages

Le sociologue Jean Viard qui a consacré de nombreux ouvrages aux vacances des Français estiment pourtant qu'il existe une conquête à mener : celle du temps. Selon lui, la conquête de l'espace, dans tous les sens du terme, est déjà bien engagée : aller à New York ou au Venezuela, même si très peu de personnes le font en réalité, n'a plus rien d'extraordinaire. Même aller sur la lune, à condition d'être un brin fortuné, n'est plus un rêve inatteignable. "Cela ne m'étonnerait pas que la prochaine attitude à la mode soit justement le refus de voyager, estime Jean Viard. Les personnes âgées voyagent beaucoup car elles n'en n'ont pas eu l'occasion avant. En revanche, la génération 68, qui a plutôt beaucoup voyagé aura peut-être le courage d'affirmer que les voyages les ennuient, que les attentes aux aéroports, les embouteillages.. n'ont rien de drôle". Ils prendront leur temps… une aspiration quasi proustienne…

Par Sophie Lutrand le 01 juillet 2003 à 16:53
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