Faut-il acheter américain ?

Par David Straus et S.L, le 10 juin 2003 à 16h35 , mis à jour le 12 juin 2003 à 09h47

Le cours de la devise européenne devrait rendre les achats en dollar plus intéressants. Mais ordinateurs, hi-fi et voyages aux Etats-Unis sont-ils vraiment moins chers depuis quelques mois ?

vignette conso consommation magasin chariot courses (DjS) © INTERNE

C'est une chose acquise, un euro fort par rapport au dollar n'est vraiment pas une bonne affaire pour les entreprises françaises. Quand le billet vert est déprimé, les produits européens paraissent soudainement très coûteux vus d'outre-Atlantique et, par conséquent, s'exportent mal. Quant au tourisme, il fait grise mine, les Américains rechignant à dépenser leurs économies à l'ombre de la tour Eiffel.

Mais, en renversant l'équation, ces jeux de monnaies devraient être un jackpot pour les consommateurs français. N'est-ce pas le moment d'acheter des produits made in US ? ou made in China ? ou made in n'importe quel pays du sud-est asiatique où le dollar est roi ? Mathématiquement, la réponse est oui. Mais, inutile de se ruer dans le premier magasin hi-fi du coin, ni même de se connecter sur Internet, vous risqueriez de déchanter.

Implantés en Europe


Made in France ?
D'abord, toute une série de produits si typiquement américains sont en réalité fabriqués dans l'Hexagone, avec des matières premières du cru, voire par des entreprises franco-françaises. Ainsi, ne faut-il pas s'attendre à voir chuter le cours du hamburger chez Mac Do' ou celui des canettes de Coca-Cola à la cafétéria du boulot.

Pas d'espoir non plus de s'offrir la dernière Ford Focus à prix cassé : la marque mythique, bien qu'américaine, est installée sur le Vieux Continent depuis sa création en 1903 et les véhicules à destination du marché local sont aujourd'hui fabriqués en Belgique, en Allemagne et en Espagne. Idem pour les logiciels de Microsoft conçus en Virginie mais produits en Irlande, donc dans la zone euro (suite ne page 2).


(Suite de la page 1)

A en croire nombre d'entrepreneurs, les flux monétaires n'ont pas d'influence sur leurs tarifs, ou presque pas. "Il existe quantité d'autres paramètres à prendre en compte pour fixer le prix d'une voiture", confiait-on chez un constructeur. "Le cycle industriel, qui dure en moyenne douze mois, ne peut pas s'aligner sur le yo-yo de Wall Street", y expliquait-on.

En réalité, tout dépend de la concurrence sur le marché local. Ainsi, pour le matériel informatique, secteur ultra concurrentiel et, surtout, soumis à une effet de mode important, le prix d'un produit donné est fréquemment revu à la baisse. Si la faiblesse du dollar permet de casser les prix, les fabricants ne se gêneront pas. Même analyse pour la hi-fi. Reste à voir si les revendeurs garderont les marges ou en feront profiter leurs clients.


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Rendre visite à l'oncle Sam

A la FNAC, on l'assure, "on répercute la baisse du dollar, surtout perceptible sur les produits techniques, comme les écrans plats, les DVD ou les ordinateurs portables". Darty, même s'il "traite principalement en euros avec des fournisseurs représentés en France", garantit lui aussi que ses prix seront alignés sur le meilleur tarif.

Un euro sur-vitaminé peut encore réserver d'autres bonnes surprises. "Baisse du dollar, c'est le moment de s'envoler au pays de l'oncle Sam", suggérait en mai déjà Opodo. "Même si les réservations vers les destinations américaines ont connu un léger fléchissement lors du conflit irakien, les Etats-Unis sont aujourd'hui une des destinations best-seller sur opodo.fr", assure l'agence de voyage en ligne, dont la destination en promotion cette semaine n'est autre que New York. Cuba et les Caraïbes offriraient aussi de belles opportunités. Mais, là encore, tout le monde n'est pas d'accord (suite en page 3). 



(Suite de la page 2)

Denis Philippon, le Pdg du groupe TravelPrice-Lastminute-Degriftour estime que la baisse du dollar "n'a pas d'effet tellement sensible". De toute façon, d'après lui, les Français ne sont pas très intéressés par la conquête de l'Ouest. "Les réservations pour les Etats-Unis sont toujours de 40% inférieures à il y a deux ans", constate-t-il, expliquant ce désintérêt par "la peur d'attentats mais aussi par les passes d'armes diplomatiques entre Chirac et Bush sur l'Irak." Selon une étude de Go Voyages, les Etats-Unis accusent une baisse de 5% en mai 2003 par rapport à mai 2002.

Reste alors le pétrole ! Quand le baril flambe, on nous ressasse à l'envi l'argument du dollar fort, le billet vert étant la devise de référence pour le brut. Alors, cette fois, les prix à la pompe vont-il diminuer ? Oui. Ils l'ont déjà fait d'ailleurs. Entre le 10 mars et début juin, le litre d'essence à la pompe est passé de 1,10 euro à 99 centimes d'euro. Le litre de gazole est passé sur la même période de 89 centimes à 75 centime, chiffres du ministère de l'Industrie).


Baril en baisse - DR 
Trois milliards d'économie

"En 2002, la facture pétrolière française était de 16 milliards d'euros avec un dollar à peu près égal à un euro", donne pour exemple Jean-Louis Schilansky, délégué général de l'UFIP(1). "Avec un euro à 1,17 dollar, la facture pétrolière aurait été équivalente à un peu plus de 13 milliards d'euros, soit une économie de près de 3 milliards d'euros", poursuit-il.

Bien entendu, le dollar n'est pas le seul en cause. La situation politique internationale joue beaucoup. Et puis, même si le cours du baril dévissait, cela ne jouerait que sur une partie des prix de l'essence.  Les taxes, elles, sont indépendantes du dollar et elles représentent trois quarts du prix à la pompe.

(1) Union française des industries pétrolières

Par David Straus et S.L le 10 juin 2003 à 16:35
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