© INTERNE"Tout le monde n'a pas le loisir de faire grève". Ce n'est pas le Medef qui parle mais des comédiens du festival de théâtre "off" d'Avignon. Cette année, environ 600 compagnies ont fait le déplacement pour présenter, en marge des représentations officielles, le spectacle mis au point plusieurs mois auparavant, aux festivaliers mais aussi aux responsables de salles culturelles susceptibles de leur acheter. "Nous travaillons sur ce spectacle, son financement, sa réalisation depuis un an. Notre objectif est qu'on nous l'achète pour les deux années à venir. Faire grève serait compromettre trois ans de travail", explique Séverine Vincent, metteur en scène de la compagnie "Sea girls". Le problème ne se pose pas avec tant d'acuité pour les spectacles du festival "in" qui sont souvent diffusés par la suite sur des scènes nationales.
Sur les 600 compagnies inscrites au festival "off" d'Avignon, seules 31 se déclaraient en grève mercredi selon un recensement non exhaustif réalisé par la direction du festival. Mais même si les compagnies décident de jouer, la plupart tentent de "marquer le coup". Pour la première journée du festival "off", la compagnie "Sea girls" a joué gratuitement. Une initiative qu'ils ne pourront sans doute pas reconduire car, dans ce cas là, les caisses de la compagnie restent vides et les comédiens ne peuvent comptabiliser ces journées parmi les fameuses 507 heures de travail nécessaires pour bénéficier de l'assurance-chômage.
Ne pas jouer, c'est faire le silence"
D'autres compagnies offrent une deuxième place pour un ticket acheté : "nous n'avons pas les moyens de faire grève ou de jouer gratuitement donc c'est notre façon de manifester", explique Jean-Pierre Bazziconi, metteur en scène de la compagnie "Et alors" qui présente cette année à Avignon un spectacle intitulé "Deus ex machina". Ce spectacle a été monté entièrement sur des fonds propres, sans aucune subvention, et pour les huit intermittents qui y travaillent, le montrer et le "vendre" est vital. En revanche, "plutôt que de faire de longs discours qui vont finir par lasser les spectateurs sur le mouvement de grève des intermittents, nous avons introduit dans la pièce une scène qui n'existait pas : un des acteurs tient un journal sur lequel est écrit "Résistons", explique Jean-Pierre Bazziconi.
"Ne pas jouer, c'est faire le silence, ce qui ne sert pas notre mouvement", estime Séverine Vincent. Des responsables de compagnie s'inquiètent, dans le cas où le festival ne serait pas annulé, d'éventuelles tensions entre les intermittents qui militent pour la reconduction de la grève et ceux qui veulent à tout prix jouer. "Faire grève par solidarité, je n'y crois pas un instant", déclare cependant le directeur artistique de la compagnie "Et alors", Manu Doublet. Les situations des intermittents, artistes ou techniciens sont trop différentes.
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