Le Pentagone abandonne la Bourse politique

Par RG , le 30 juillet 2003 à 07h00 , mis à jour le 30 juillet 2003 à 18h16

Le secrétaire d'Etat américain à la défense, Paul Wolfowitz a annoncé, mardi, l'abandon d'un projet de prévision des évènements graves au Moyen-Orient. Celui reposait sur l'analyse de paris effectués par des courtiers en finances.

Pentagone © INTERNE

Le secrétaire d'Etat américain à la défense, Paul Wolfowitz, a annoncé, mardi, dans le New York Times, l'abandon d'un projet de recherche concernant le Moyen-Orient,  financé par le ministère de la défense. Prudent, Paul Wolfowitz acommencé par indiquer qu'il "ignorait tout de ce programme et qu'il avait été choqué" en découvrant de quoi il s'agissait.

L'affaire pourrait ressembler à un canular si elle n'émanait d'une agence dépendant directement du Pentagone, le ministère de la défense américain. Les experts de celle-ci (en charge de l'analyse de zones à hauts risques politiques) avaient imaginé une plate-forme de prévision accessible aux spécialistes des marchés financiers "à terme", pour les aider à anticiper des scénarios de crise. Ce programme développé sous l'acronyme PAM (Policy Analysis Market ou Marché de l'analyse politique), reposait sur l'hypothèse que les analystes et autres courtiers financiers constituent un gigantesque réservoir de matière grise, qui génère et analyse une masse considérable d'informations diverses.

Les Etats-Unis auraient donc proposé à ces financiers bien informés de "parier sur des événements possibles au Proche-Orient, comme l'assassinat du leader palestinien Yasser Arafat ou le renversement du roi Abdullah II de Jordanie". Ces évènements virtuels auraient alors été soumis aux courtiers qui auaraient engagé de l'argent bien réel, sur l'hypothèse leur semblant la plus probable.

A ce stade ils auraient pris des "positions", c'est à dire que comme sur les marchés des "Matières premières à terme", ils auraient acheté des contrats se dénouant à une date précise. Ceux d'entre les courtiers qui auraient vu leurs scénarios se réaliser auraient raflé la mise. Enfin, et c'est là que résidait la beauté du raisonnement, l'analyse de ces paris auraient pu servir d'indicateur au Pentagon et au gouvernement US pour leur politique dans les zones géographiques concernées.

"Une idée grotesque"

Les premiers échanges sur cette bourse très spéciales étaient prévus pour le 1er octobre, mais les intervenants autorisés devaient s'abonner dès le mois d'août. Selon CNN, dans un premier temps, le Pentagone se serait contenté de 1000 financiers au départ, puis en aurait accepté 10 000 en 2004.

Le financement de ce programme serait sûrement demeuré dans l'ombre, si deux sénateurs démocrates n'avaient mis la puce à l'oreille des médias. Selon l'un des deux hommes, Ron Wyden, "l'idée même d'une agence officielle de paris sur des atrocités et le terrorisme est grotesque".

Au delà des opinions émises par ces deux politiciens américains, on pouvait également se demander sur quelle légitimité reposait l'expertise supposée de financiers, dont une large majorité n'avait absolument pas vu venir, entre autres, l'effondrement des marchés actions en 2002. Pis, le scénario de groupes radicaux investissant sur des attentats qu'ils organiseraient ensuite pour empocher le gros lot était plausible, et aurait pû suffire à lui seul, à tuer le projet PAM dans l'œuf.

Image : archives LCI, vue aérienne du Pentagone, Quartier général des forces US

Par RG le 30 juillet 2003 à 07:00
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