Quand les sonneries font mieux que les CD

Par Christophe ABRIC, le 14 août 2003 à 10h49 , mis à jour le 14 août 2003 à 18h00

Cette année, les profits générés par les sonneries de téléphones mobiles payantes devraient dépasser en Grande-Bretagne ceux des singles. Le marché, apparu il y a deux ans, connait un essor singulier.

Musique mobile © INTERNE

Aujourd'hui, pour se tenir au courant de l'actualité musicale, il suffit de traîner quelques heures à la terrasse d'un café, de vaquer dans un magasin de vêtements ou de prendre le train : les sonneries des portables alentour reproduisent les classiques de la musique populaire et les tubes du moment, de Chihuahua au dernier Jennifer Lopez.

Pas besoin des maisons de disques

Pour une poignée d'euros, le morceau que l'on aime nous prévient d'un appel. Ce marché, qui a émergé il y a deux ans, a connu un essor singulier avec l'arrivée des téléphones à sonnerie polyphonique. Il est devenu si important qu'en Grande Bretagne, il devrait générer plus de chiffre d'affaires cette année que les ventes de singles : on table sur 70 millions de livres (un peu plus de 100 millions d'euros) pour les sonneries, contre 67 millions pour les disques.

En France, si l'on ne dispose pas encore de tels chiffres, la Sacem a noté une augmentation de 480% des droits perçus entre 2001 et 2002, année à laquelle la Société a recueilli 1,3 millions d'euros de droits (à peine 1% du total des droits de reproduction, cependant considéré comme "significatif" par la Sacem, qui reverse 12% du prix payé par le client aux ayants droits).

Pour les fournisseurs de services qui les produisent et les distribuent, ces sonneries sont donc une grosse source de revenus qu'ils ont appris à "marketer". A peine un morceau est-il dans les bacs que la mélodie est transformée et mise à la vente. Pas besoin d'autorisation de la maison de disques : "Vu que nous reprenons la seule mélodie, nous ne devons des comptes qu'à la Sacem. Les maisons de disques n'ont pas encore prise sur ce marché", explique Eric Lafforgue, Directeur Général Adjoint de 123multimedia, leader français sur les services mobiles.

Marketing très développé

Mais l'industrie du disque commence à sérieusement s'intéresser à ce secteur fort lucratif. Les majors développent de plus en plus de partenariats avec les prestataires, qui ont par exemple besoin de leur accord pour afficher le nom de l'artiste ou un visuel en face du morceau qu'ils proposent en téléchargement. "De plus en plus, on trouve une publicité pour le téléchargement de sonneries à prix réduit encartés dans les disques des artistes à succès", poursuit Eric Lafforgue.

Chez MédiaPlazza, autre prestataire, Jérome Flament estime que les maisons de disques "attendent que les téléphones permettant de reproduire fidèlement le morceau en format mp3 ou wav se généralisent. Alors, elles auront plus d'intérêt dans la diffusion de sonneries. Notre travail consistera alors à remixer le morceau pour qu'il soit accrocheur en quelques secondes".

Personnalisation

Les téléphones vont-ils donc devenir un nouveau moyen d'écouter de la musique ? Pas certain : pour Eric Lafforgue, les 70 millions de livres du marché en Grande-Bretagne ne sont pas un chiffre si impressionnant : "cette nouvelle marque surtout un essoufflement du single". Surtout, la sonnerie reste avant tout un élément identitaire, une personnalisation affichée, extériorisée : lorsque mon téléphone sonne, tout le monde autour sait ce que j'écoute. Chez les adolescents, cela reste un moteur d'achat essentiel.

Par Christophe ABRIC le 14 août 2003 à 10:49
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