Les viticulteurs font du charme aux vendangeurs potentiels

Par , le 26 août 2003 à 18h07 , mis à jour le 26 août 2003 à 09h55

Avec quelques semaines d'avance, le raisin est mûr pour la cueillette. Ne manquent plus que les bras. Pressés par le temps, les viticulteurs multiplient les avantages pécuniaires ou en nature pour attirer la main d'oeuvre.

Le Beaujolais se prpare des vendanges exceptionnelles © Manreo

"Toutes nos lignes sont occupées, veuillez rappeler ultérieurement"… L'agence ANPE de Beaune, qui était exceptionnellement ouverte ce week-end, était manifestement prise d'assaut lundi. Les multiples alertes lancées par les viticulteurs ces dernières semaines semblent commencer à porter leurs fruits. "Dans mon exploitation, les vendanges sont avancées de trois semaines en raison des conditions climatiques", explique Gilles Remoriquet, viticulteur près de Beaune. Sur les 37 personnes qui devaient venir faire les vendanges, une bonne dizaine fait défaut : "Les étudiants ont souvent des examens de rattrapage en septembre et ne pourront pas se libérer avant". La main d'œuvre manque dans la plupart des vignobles. "20 à 25% des personnes prévues ont annulé", estime Guillaume Willet, délégué général de la Confédération des associations viticoles de Bourgogne.

Pour autant, la panique ne semble pas gagner les rangs. Les médias ont beaucoup relayé cette pénurie de bras et les candidatures spontanées commencent à affluer. En Bourgogne, la précocité des vendanges permet aux plus jeunes de postuler. "Depuis vendredi, nous avons beaucoup de jeunes de moins de 18 ans qui viennent proposer leurs services. D'habitude nous n'en avons pas car, au lycée, ils reprennent les cours début septembre", remarque Dominique Marrot de l'agence ANPE de Saint-Jean en Saône-et-Loire.

Prime d'assiduité ou de panier

Dans le bordelais, 33 000 saisonniers sont requis pour assurer la coupe du raisin. Là encore, les agences ANPE ne se veulent pas trop alarmistes. Certains domaines se sont associés depuis quelques années pour mettre en commun leurs vendangeurs. "Nous avons mis en place une bourse des vendanges. Tous les jours, un coordinateur fait le point sur les besoins des viticulteurs et des vendangeurs sont envoyés là où c'est nécessaire", explique Pascale Guillemet, responsable de l'agence ANPE de Langon.

Toutefois, dans plusieurs régions, les équipes de vendangeurs ne sont toujours pas au complet. Les nouveaux postulants n'étant pas forcément du coin, se pose alors la question de l'hébergement. Face aux nouvelles exigences réglementaires, la plupart des viticulteurs ne proposent plus de loger leurs saisonniers. Mais aujourd'hui, "pour remplir leurs équipes, les viticulteurs n'hésitent pas à faire des efforts", constate Thierry Lescure, responsable de l'agence ANPE de Libourne qui recrute essentiellement pour les prestigieux vignobles de saint-émilion. "Certains offrent le repas du midi, trouvent des solutions pour l'hébergement ou offrent des primes", poursuit-il. Primes de panier, primes de fidélité ou encore d'assiduité...

"Ceux qui ne font pas d'effort ne feront pas le plein"

"On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre", concède le producteur de Nuits Saint-Georges, Gilles Remoriquet. "Nous donnerons des primes à ceux qui travaillent bien et nous pouvons aussi leur faire cadeau du repas du midi". Dans la région de Macon, le responsable de l'ANPE n'hésite pas à parler de véritables "stratégies de recrutement" de la part des viticulteurs : "En plus du salaire 'préfectoral' qui est de 60,30 euros net par jour, un des viticulteurs de la région propose une prime de 7,62 euros. D'autres offrent le petit-déjeuner. L'un d'entre eux s'est engagé à payer l'essence de ses vendangeurs à condition qu'ils viennent au moins à deux", détaille Dominique Marrot. Il n'y a pas de mystère, "ceux qui ne font pas d'efforts ne feront pas le plein".

Mais les viticulteurs n'en sont pas encore au stade des producteurs de fruits qui, face à une grande pénurie de bras pour les récoltes, organisent des "opérations mobilité" : avec des fonds du conseil général, ils paient le transport pour acheminer des chômeurs de longue durée, des Rmistes ainsi que des prisonniers en fin de peine.

Par Sophie Lutrand le 26 août 2003 à 18:07
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